" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

samedi 31 mars 2012

31/03 & 3/04, France: le retour des hirondelles d'Afrique


Ci-dessus: 2012 07 30. Hirondelle de fenêtre au-dessus du plateau de Samance, Haute Savoie, France / Photo par Frédéric Bacuez

* Afrique subsaharienne-France -

MIDI-
Le 31 mars à Vaux-sur-Seine dans les Yvelines (France), émerveillement toujours aussi puéril devant l'arrivée saisonnière de 3 premières hirondelles rustiques (hirundo rustica, barn swallow, 1 adulte et 2 subadultes), revenues de leur long périple Afrique-Europe. Après avoir tournoyé au-dessus du village pendant une dizaine de minutes, entre 12h et 12h10, les oiseaux (patrimoniaux !) ont filé vers le château de Vaux. A 16h30, les deux subadultes chassent au ras des grands arbres d'un grand parc riverain du fleuve. A 18h45, c'est l'adulte qui voltige, juste au dessus du...  toit qui m'abrite. Le 3 avril au matin, c'est au tour de 2 hirondelles de fenêtre (delichon urbicum, northern/common house martin) de voler en tout sens dans le ciel du village. Trois le 13 avril, les hirondelles de fenêtre voleront à quatre à partir du 14 avril. Les martinets noirs (apus apus, common swift), quant à eux, seront un peu plus tardifs, comme toujours: de belles bandes virevoltent au-dessus de la Seine, surtout après le 25 avril. Les observations de nos trois emblèmes printaniers se généralisent à l'ensemble du territoire français les 27 et 28 avril*.

* Voir aussi: http://www.faune-iledefrance.org/

Ci-dessous: dates moyennes d'arrivée prénuptiale en France de hirundo rustica et delichon urbicum

dimanche 25 mars 2012

25, aparté: Wade remercié par Macky Sall


La chute... 2012 01 3 au-dessus du fleuve Sénégal, deux milans parasites se disputent le même butin 
/ Photo par Rozenn Le Roux pour Ornithondar

* Sénégal -

" Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change... "

- Tancredi au prince Salina, in 'Le Guépard', un film de Luchino Visconti (Italie, 1963)

Le président Abdoulaye Wade n'a pas attendu les douze coups de minuit pour libérer les Sénégalais d'une agonie à venir: devant l'évidence des urnes, le "Maître" sortant a appelé son "fils" Macky Sall pour le féliciter. Son ancien premier ministre congédié a remporté haut-la-main le second tour des élections sénégalaises, à 65,80% contre 34,20% des suffrages*.
Voir aussi:

Ci-dessous: 2012 04 10, Bango. "Wade rèk " ! / Courtesy photo par Alain-Paul mallard pour Ornithondar, DR

* Bureau n°1 Bango/Centre: 765 inscrits, 473 votants, 1 nul; exprimés, 471; résultats: Wade, 158; Sall, 314
Bureau n°2 Bango/Télémaque Sow: résultats: Wade, 156; Sall, 301

25, Aparté: de la bécasse des bois à... la perruche à collier !


Ci-dessus: 2012 03 23 midi. Rueil-Malmaison, en lisière de la forêt domaniale de la Malmaison, le printemps en accéléré... 
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Île-de-France. Des Hauts-de-Seine aux Yvelines -

Temps: après 2011, deuxième fin d'hiver et début de printemps 2012 à sec, en France ! Sous le ciel désespérément bleu méditerranéen, l'indigène sort aussitôt ses bermudas et les verres opaques. Il fait plus de 20° en journée, les nuits sont à deux chiffres aussi (+10°)... On se croirait bientôt à Bango et sur les berges du fleuve Sénégal, en hiver...  Partout le soleil fait exploser les bourgeons et les fleurs, sauf en forêt: les sols y ont soif, le tapis des feuilles mortes et le lichen craquent comme des brindilles sous les pas du naturaliste... Qu'à cela ne tienne, il y a belle lurette que la 'forêt' y a perdu sa quiétude et ses silences: les promeneurs et leurs toutous y gueulent plus fort qu'en ville, les VTTistes y aboient à gorge déployée leurs exploits, et les pétards de garnements y remplacent le coup de feu du patrimonial chasseur français... Mares et étang y sont même ponctués de quelques plastiques et autres bouteilles flottantes: on se croirait presque, là aussi, au Sénégal...

- Parc du Bois-Préau et Forêt domaniale de la Malmaison (forêt et étang de Saint Cucufa*a)* 2:
Héron cendré, 1 [roselière de l'étang de Cucufa] / Foulque macroule, 2 [étang de Cucufa] / Gallinule poule d'eau, 2 [étang de Cucufa] / Pic épeiche, 1 + un ind. entendu tambouriner (15 03) / Pic mar, 2 (23 03) / Buse variable, 2 - dont un juvénile particulièrement clair (cf. photo ci-dessous à d.) / Faucon crécerelle, 1 / Merle noir / Geai des chênes, 5-+ [forêt domaniale] + 2 ind [Parc urbain de Bois-Préau] / Mésange nonnette, 1 poursuivie par une mésange bleue / Mésange bleue / Mésange charbonnière / Mésange noire, 1 (15 03) / Rougegorge familier, nombreux chanteurs, très actifs / Troglodyte mignon, 1 mâle chanteur (15 03) / Sitelle torchepot, très actives dont chanteurs, duos se poursuivant + 1 tambourinant / Étourneau sansonnet / Corneille noire / Pigeon ramier, en bandes de ~10 ind. chaque /
Mulot sylvestre (capodemus sylvaticus), nombreux sous les feuilles mortes /
Tortue de Floride, plusieurs [étang de Cucufa] /
Coccinelle à sept points, 2 en forêt (23 03).

*a 201 hectares (dont 2 hectares d'étang) de châtaigniers, chênes, frênes, merisiers, érables sycomores, hêtres et bouleaux.

Ci-dessous: 2012 03 23 aprem', Forêt domaniale de la Malmaison (Hauts-de-Seine) / Photos par Frédéric Bacuez


- Rueil-Malmaison *2:
Canard colvert, ind. +- féraux en vol et au Bois-Préau / Fauvette à tête noire (premières de saison), duo brièvement aperçu (18 03) + 1 femelle souvent observée / Accenteur mouchet, dont 1 ind. peu farouche dans les pieds sur le trottoir ! + 1 sur muret de pierres / Étourneau sansonnet / Pie bavarde / Merle noir, chanteurs et femelle transportant des matériaux, dont un gros morceau de plastique transparent, dans une haie / Verdier d'Europe, 1 chanteur très actif (24 03) / Faucon crécerelle, 1 / Geai des chênes, 1 ind. poursuivi par 1 pie bavarde / Troglodyte mignon, 1 chanteur très actif... approché par 1 femelle de fauvette à tête noire / Rougegorge familier, plusieurs regroupés au petit matin / Rougequeue noir, 1 mâle chanteur sur les toits (vu le 25 03 pour la première fois) / Bécasse des bois, 1 ind. passant à basse altitude au-dessus de la rue d'Hesling [vol >SE, 25 03 ~10h du matin) *a / Perruche à collier, 1 ind. en vol jacassant [au-dessus de la rue d'Hesling en direction du commissariat de police] *b / Moineau domestique /
Sérotine commune (eptesicus serotinus), 1 ind. observé en plein jour entre deux immeubles ! /
Coccinelle à sept points, 3 /

Nota:
*a - Sur la perruche à collier en Île-de-France, lire:
*b - Sur la bécasse des bois dans les Hauts-de-Seine, lire:
http://promenades.hauts-de-seine.net/atlas-faune/becasse-des-bois_300602

Plus: sur la situation (très mauvaise) des oiseaux en Île-de-France, voir:
Ci-dessus: 2012 03 26 matin, rougequeue noir mâle chanteur à Vaux sur Seine (Yvelines)
/ Photo par Frédéric Bacuez

- Vaux sur Seine*1 & 2:
Canard colvert, dont un vol de 7 ind. +- féraux [Seine] / Héron cendré, 1 puis 2 ind. observés régulièrement en vol E>O, surtout le soir [au-dessus de la Seine] / Grand cormoran de ssp. carbo, dont une troupe de 25 ind. en vol O>E [Seine, 26 03 à 18h05] + ind. régulièrement observés sur l'Oise [Conflans] / Pie bavarde, dont un couple nourrissant leur juvénile / Pigeon ramier / Tourterelle turque, + deux nids occupés sur poteaux électriques - dont un nid avec poussin bien visible (26 03 soir) / Rougequeue noir, 1 mâle très actif et chantant sur les toits (observé le 25 03 pour la première fois en plumage nuptial, cf. photo ci-dessus) + 1 autre mâle de 1er été à quelques centaines de mètres dans la même rue / Pinson des arbres, assez nombreux / Chardonneret élégant, 1 mâle en vols de parade nuptiale (25 03 soir) / Moineau domestique / Étourneau sansonnet /
Entendu: pic vert, très régulièrement dans les parcs arborés du bord de Seine /

samedi 24 mars 2012

24, une migration prénuptiale précoce et massive


Ci-dessus: 2012 1 15 soir, cigognes noires au-dessus de la plaine alluviale du fleuve Sénégal lors du comptage annuel des oieaux d'eau pour Wetlands International / Photo par Rozenn Le Roux pour Ornithondar

* Sénégal-Maroc -

Après une mousson 2011 parcimonieuse sur toute la zone soudano-sahélienne qui court de l'Atlantique à la Mer Rouge au sud du Sahara, avec des pluies mal réparties, Ornithondar l'avait envisagé: dès les premiers jours de l'hiver tropical, les oiseaux d'eau délaissaient les marigots et autres bas-fonds de l'hinterland sahélien en cours d'assèchement, malgré un hiver plutôt frais sur le littoral sénégalais, pour se rapprocher des grands cours. Nous avions remarqué que les vasières du fleuve Sénégal et de son affluent le Lampsar étaient, plus que les années précédentes, très occupées par des troupes plus fournies de grands gravelots (charadrius hiaticula), de bécasseaux minutes (calidris minuta) et d'échasses blanches (himantopus himantopus). Nous avions remarqué que la migration prénuptiale des hirondelles rustiques (hirundo rustica) et, plus encore, des hirondelles de rivage (riparia riparia) avait une dizaine de jours d'avance: dès la dernière décade de janvier, les premiers passages au ras des eaux du Lampsar avaient débuté. Aux tout premiers jours de mars, c'est la débandade ! Savanes et campagnes du centre et du sud, steppes du nord, plaines alluviales des grands fleuves, le top départ de la migration 'printanière' est soudain, groupé, rapide.


Faute d'observateurs au Sénégal et en Mauritanie, c'est au Maroc que les premiers constats d'un passage massif exceptionnel se font, en mer comme sur terre: au Sahara occidental, F. Chevalier n'a jamais vu autant de rapaces passer d'un coup au-dessus de Dakhla: aux premiers jours de mars, les premiers milans noirs et busards des roseaux, ainsi que quelques cigognes blanches et un groupe de 25 hérons cendrés y sont bien remarqués en vol sud-nord. Mais c'est à la mi-mars que de gros bataillons filent vers le nord, en particulier les faucons crécerelles, les busards des roseaux, les busards cendrés, un premier aigle botté (4 et 5 mars, obs. F. Chevalier). Les petites espèces ne sont pas en reste et remontent dare dare vers le nord: huppes fasciées, guêpiers d'Europe, gorgebleues à miroir, deux hérons pourprés, 1 gallinule poule d'eau, 1 hirondelle rousseline (obs. F. Chevalier). A Sidi Ifni, sur les marges du Sahara, 80 fauvettes passerinettes, 2 gorgebleues à miroir, des pipits, des bergeronnettes printanières de trois sous-espèces, les trois espèces de traquets les plus communs au Sahel hivernal (motteux, oreillard, isabelle) sont observés en migration prénuptiale (16 mars, obs. Andrea Corso). Encore plus au nord, au pied de la barrière de l'Atlas, le goulet d'Aoulouz voit passer le 17 mars en moins d'une heure: 1700 milans noirs, 32 busards des roseaux, 25 circaètes Jean-Le-Blanc, 9 aigles bottés, 5 busards cendrés, 3 aigles de Bonelli, 1 percnoptère d'Egypte (17 mars, obs. Andrea Corso) ! Encore quelques jours, et dans les plaines atlantiques du nord marocain, à l'est de Casablanca-Rabat, en trois heures de temps, 118 busards des roseaux, 96 busards cendrés, 62 milans noirs, 18 spatules blanches, 2 cigognes noires sont notés en vol sud-nord tandis que le lendemain 150 milans noirs, 100 sarcelles d'été, 22 cigognes noires, 2+ bécassines sourdes et 1 busard pale sont encore aperçus (22-23 mars, obs. E. Durand). Sur la côte et au large, à Akhfennir au sud (3-4 mars, obs. Ernesto Occhiato) comme à Sidi Moussa-Salé au nord (3 mars, obs. Imad Cherkaoui, Adel Bouajaja, Said Lahrouz), à peine commencé le mois de mars voit remonter les fous de Bassan, les grands labbes et les labbes parasites, les sternes caugeks, les huîtriers pies et les tournepierres à collier et... 1 balbuzard pêcheur- au large de la jetée de Medhia- qui ont pour la plupart hiverner sur le littoral sénégambien.

Sources, voir: http://www.go-south.org/

dimanche 11 mars 2012

11, aparté: le manifeste de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) pour l'élection présidentielle (française)



Voir aussi le site du centenaire de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO, France): http://centenaire.lpo.fr/
Et le site habituel de la Ligue: http://www.lpo.fr/

" J'avais alors vingt ans, et la modernité m'est apparue comme une immense imposture. "

- Pierre Rabhi.

VOLS D'OISEAUX
Chanson de l'universel

Viens me dit la Muse
Chante-moi un chant qu'aucun poète ne m'a encore chanté
Chante-moi l'universel
Au coeur de cette vaste terre notre terre
De son incommensurable grossièreté, ses tas de cendre,
Dans l'enclos préservé de son noyau central,
S'abrite la graine perfection
Chaque vie y a sa part, plus ou moins,
Nul ne naît qu'elle ne naisse, secrète ou manifeste la graine attend.

Vois la science hautaine à l'oeil d'aigle,
Qui surveille le moderne à l'à-pic des sommets,
Qui décrète des chaînes de fiat sans réplique.
Et vois ensuite l'âme qui surplombe la science
Qui rassemble l'histoire comme des gousses à la ceinture du globe
Pour qui les myriades d'astres roulent à travers le ciel.
Par routes spiralées, par détours infinis
(Comme voilier qui ne finit pas de louvoyer sur la mer),
C'est pour elle que le réel se tend vers l'idéal.
Pour elle l'évolution mystique
Pour elle la justification non du seul bien mais aussi de ce que nous nommons le mal.
Sorties de derrière leur masque, qu'importe l'occasion,
Issues de l'énorme tronc purulent, de l'art, de la ruse ou des pleurs,
Santé et joie vont émerger, joie universelle.
Sorti de la masse, du morbide, du peu de fond,
Sorti de la médiocre majorité, des innombrables fraudes variées des hommes des Etats,
Electrique, antiseptique, collant à tout, se diffusant dans tout,
Le bien seul est universel.

Plus haut que ces tumeurs montagneuses la maladie le chagrin,
Un insaisissable oiseau ne cesse de planer, il plane il plane
Très haut dans la partie plus pure, plus heureuse de l'air.
Du coeur du nuage le plus maculé de l'imperfection,
Jaillit toujours l'unique rayon de lumière absolue,
Eclair de gloire du ciel.
A l'encontre des discordes de la mode coutumière,
Ou l'affolant vacarme de Babel ou l'assourdissante orgie,
Passe une musique qui apaise l'intervalle
Notes finales d'un choeur à peine audible sur un rivage lointain.
Ah ! les yeux bienheureux les coeurs bénis
Qui voient, qui savent la finesse du fil qui nous guide
Dans le puissant labyrinthe.

- Walt Whitman, in 'Feuilles d'herbe' (1855).

jeudi 8 mars 2012

8, balbuzards 'gallois': le frère de Leri, Einion, est sur la Langue de Barbarie



Ci-dessus: été 2011 sur les bords de la Dyfi, Pays de Galles. Dulas, Einion et Leri, parés pour leur première migration vers la SénéGambie !
/ Courtesy photo par Emyr Evans pour le Dyfi Osprey Project

* Parc national de la Langue de Barbarie (PNLB) -


" I think he'll be to Rome
As is the osprey to the fish, who takes it
By sovereignty of nature..."

- William Shakespeare, 'La tragédie de Coriolan' (1607), Acte IV, Scène VII.
In 'A life of ospreys', par Roy Dennis, Whittles Publishing 2008, Ecosse.

A l'automne dernier, sollicité par ses correspondants britanniques de la Dyfi Osprey Project, Ornithondar s'était démené pour recueillir des indices de vie de Leri, un jeune balbuzard pêcheur (pandion haliaetus, osprey) femelle née l'été dernier au Pays de Galles et qui avait commencé son long séjour d'apprentissage sous les latitudes deltaïques de Saint-Louis-du-Sénégal. Suivi par satellite, le rapace immature avait soudainement disparu des 'écrans radar' du coté des Trois-Marigots, précisément au marigot de Khant. Nos recherches répétées in situ étaient restées vaines, malheureusement. Leri était la soeur de deux garçons issus de la même couvée britannique, Dulas et Einion, passant eux-aussi les premières années de leur vie sous nos tropiques. Si Dulas a opté pour les confins gambiens, avec quelques excursions en Guinée Bissau, Einion a choisi la lagune de la Somone comme 'camp de base', sur la Petite Côte sénégalaise (cf. photo ci-dessous).

Ci-dessous: 2012 01 12. Einion au-dessus de la Somone, Petite Côte, Sénégal 
/ Courtesy photo par Arnaud Vatinal pour le Dyfi Osprey Project, DR

EINION:
1er oeuf éclos au Pays de Galles depuis 400 ans !
Naissance: 5 juin 2011
Bagué et 'satellisé': 19 juillet 2011
Premier vol: 27 juillet 2011, à 52 jours
Début de la migration, départ: 31 août 2011, à 87 jours
Arrivée au Sénégal: 29 septembre 2011
Installation hivernale sur la Somone: 5 octobre 2011
Séjour sur la Langue de Barbarie: depuis le 24/28 février 2012


Ci-dessus: 2011 07 27. Einion quelques minutes avant son premier (en)vol, bords de la Dyfi, Pays de Galles, Royaume Uni
/ Courtesy photo par Emyr Evans pour le Dyfi Osprey Project

Einion semble le plus gaillard des trois rejetons de la Dyfi. Les 1er et 2 octobre 2011, déjà, descendant progressivement du nord vers le sud du Sénégal, Einion s'était soudainement déporté au large de la péninsule dakaroise. 29 heures durant, l'adolescent avait survolé l'océan Atlantique comme s'il voulait rallier les îles du Cap-Vert ! Einion avait tout de même effectué une boucle de plus de 800 kilomètres non stop, essentiellement de nuit, avant de regagner la corniche ouest de la capitale sénégalaise... Et de filer illico vers son havre hivernal de la Somone ! Depuis, à l'instar de ses congénères, Einion agrémente son séjour africain sur la lagune côtière par quelques excursions, tantôt au nord (dans les Niayes de la Grande Côte) tantôt au sud (en Casamance et dans le delta du Sine Saloum). Le 17 février 2012, Einion quitte la Somone et la Petite Côte pour rejoindre, une fois encore, la Grande Côte: un voyage d'une semaine au moins qui l'amène, par petites étapes sur le littoral, dans l'ancien estuaire du fleuve Sénégal, au sud de Saint-Louis. Entre le 24 et le 28 février, Einion prend ses nouveaux quartiers sur la Langue de Barbarie, dans le parc national du même nom, entre Taré et Mboumbaye, entre mer et fleuve sur l'étroite bande de sable fixée par d'épais rideaux de vieux filaos (cf. http://www.dyfiospreyproject.com/blog/2012/03/heading-north + carte et photos ci-dessous).














Ci-dessus: 2011 01 31, matin brumeux dans le parc national de la Langue de Barbarie (PNLB); à g., la zone fréquentée par Einion depuis fin février 2012 - à d., mission d'observation du Rutland Osprey Project sur les berges du fleuve estuarien / Photos par Frédéric Bacuez


Nota 1: on peut sérieusement envisager qu'Einion occupe sur la Langue de Barbarie la place tout juste abandonnée par un adulte, voire plusieurs, en remontée prénuptiale vers l'Europe. Car dès la fin de février et pendant tout le mois de mars, les balbuzards pêcheurs matures ou en passe de l'être entament leur voyage printanier vers le nord. En France, par exemple, le premier balbuzard de la forêt d'Orléans est arrivé cette année le 28 février, déjà (cf. photo ci-dessous) ! Sous les cieux africains, dans les semaines qui précèdent la grande transhumance, on peut alors observer des rassemblements pacifiques de plusieurs balbuzards qui se seraient disputé ces territoires d'hivernage entre septembre et janvier. Les jeunes balbus sont dès lors mieux tolérés, on peut les voir se rapprocher du littoral ou des rives fluviales sans en être chassés par leurs aînés, repus et 'préoccupés' par l'imminence de leur  périple transsaharien.

Ci-dessous: balbuzards 'français' en forêt d'Orléans / Courtesy photo par François Baillon (IRD) pour Ornithondar
Nota: les bagues ont été masquées à la demande de François Baillon


Rappel: en juin 2011 au Pays de Galles, pour la première fois depuis 400 ans, le couple formé de deux balbuzards pêcheurs réintroduits sur les rives de la rivière Dyfi mettait au monde trois poussins. Une femelle, Leri, et deux mâles, Einion et Dulas, bagués et munis d'émetteurs satellitaires dès le 19 juillet (cf. photo en haut) prirent naturellement la direction de l'Afrique occidentale, entre la fin août et le début de septembre, pour la grande aventure de la migration. A la différence de leurs parents qui les y avaient précédés de peu, juste pour l'hiver, les trois jouvenceaux séjourneront au sud du Sahel au moins pendant deux ans, peut-être trois, avant de regagner leur lieu de naissance britannique au printemps 2013 ou 2014; pour y pérenniser la réinstallation de l'espèce, on l'espère de tout coeur. En attendant un aléatoire retour au pays - jusqu'à 70% des jeunes balbuzards nés au Royaume Uni disparaissent à jamais au cours de leur périple initiatique...-, nos amis Gallois croisent les doigts. Ils ont cependant le privilège de suivre à distance les péripéties de leurs protégés grâce aux GPS qui nous en disent beaucoup sur ces extraordinaires oiseaux !

Nota 2: le séjour tropical des jeunes balbuzards n'est pas une sinécure. On sait désormais que les meilleures places sont vigoureusement défendues par leurs aînés et qu'à leur arrivée au sud du Sahara les balbuzards de première année vagabondent longuement avant de s'installer sur des sites généralement délaissés par les adultes; souvent à l'intérieur des terres. De septembre à fin février, les jeunes balbuzards peuvent encore y profiter des innombrables marigots, bolongs et autres mares saisonnières remplis par les pluies de la mousson (juillet-septembre) et les crues qui suivent (octobre). En année arrosée, pas de problème: les points d'eau peuvent accueillir nos rapaces jusqu'au départ des adultes vers l'Europe, entre fin févier et fin mars... A ce moment, nos jeunes s'approprient les 'spots' provisoirement abandonnés, en général sur les rives des grands cours d'eau ou sur le littoral atlantique. Lorsque la saison pluvieuse a été chiche, comme cette année, les marigots tarissent plus rapidement et dès le mois de janvier la quête de nourriture devient problématique pour les jeunes rapaces: l'eau devient de la boue gluante, le poisson se raréfie et s'envase pour hiberner.

Nombre total de pages vues