" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

mardi 9 juillet 2013

9, eh oui ! Les premiers migrateurs postnuptiaux sont de retour

2012 12 27, plaine alluviale du fleuve Sénégal. Vol de combattants variés, mâles et femelles en plumage internuptial / © Photo par Frédéric Bacuez


* Sénégal - 

A peine étaient-ils absents du Sahel (d'avril à fin juin) que les tout premiers limicoles postnuptiaux y reviennent déjà des lointains nord-européens et russes où ils ont accompli leur immuable et très courte saison de reproduction: parades, accouplements, nidification, couvaisons, naissances et hop, c'est reparti pour quelques milliers de kilomètres dans le sens inverse... Ces parents expéditifs ont vite fait d'abandonner leur(s) rejeton(s) sur place; les juvéniles sachant à peine voler, fin juin, ils rejoindront l'Afrique plus tard, à partir de fin août ! Le 6 juillet dernier, l'ami Paul Robinson [BirdLife international] a pu observer et photographier sur les marais de la Technopole, en proche banlieue dakaroise, les premiers chevaliers sylvains (tringa glareola) et combattants variés (philomachus pugnax, cf. photo ci-dessus) de 'l'automne'... Des barges à queue noire (limosa limosa) encore en plumage d'été ont rejoint leurs congénères non reproducteurs qui ont stationné ici tout le 'printemps' (le coeur de la saison sèche, au Sénégal) avant le retour des adultes partis nicher aux portes de l'Arctique*.

* Lire sur: Senegalwildlife, returning waders at Technopole !, par Paul Robinson, 2013 07 8

2013 02 6. Chevalier gambette au-dessus du fleuve Sénégal
© Photo par Frédéric Bacuez

Nota: si ces limicoles réinvestissent les lagons et autres dépressions humides de la moitié sud du pays en premier, 'enjambant' sa moitié nord sans y stationner, c'est qu'il y a à cet apparente bizarrerie - le nord est plus près du nord que le sud (sic)...- quelques explications tout à fait rationnelles:

  • Explication météorologique: en ce début juillet, le Front Intertropical (FIT), cette démarcation imaginaire progressivement poussée vers le nord par les flux de mousson venant du Golfe de Guinée, chargés d'humidité puis de pluies, n'a pas encore atteint les confins sahéliens. Notre région est toujours soumise aux influences des alizés atlantiques, et la majeure partie du Sahel reste sous l'emprise des rigueurs sahariennes et du vent d'est, même moribond - l'harmattan. Il est rarissime que la mousson (qu'on appelle ici hivernage) s'installe sur les franges les plus septentrionales du Sahel - c'est le cas du fleuve Sénégal et de son delta- avant la mi-juillet au plus tôt. Les dépressions, bas-fonds, lagons et marais y sont réduits à leur plus simple expression et n'ont pas été encore suffisamment revivifiés pour être à nouveau riches en nutriments. Au sud du 14°30 N en revanche, les premières pluies ont tôt fait de recharger les bassins qui redeviennent aussitôt attractifs: depuis le 1er juillet, seulement deux nuits d'averses ont suffi à revitaliser les marais de la Technopole, à Dakar ! Les oiseaux d'eau ne s'y trompent pas et rajoutent sans problème 300 kilomètres à leur migration postnuptiale - qui en fait parfois 4 000 !- pour dépasser le premier site aquatique majeur après le Sahara, le bas-delta du fleuve Sénégal, et gagner les Niayes de la Grande Côte et de la péninsule du Cap-Vert, ou les lagunes de la Petite Côte jusqu'au Sine Saloum voire jusqu'en Casamance - où la première vraie pluie de saison date déjà de début mai !
  • Explication 'spatio-temporelle': chez les limicoles, beaucoup d'adultes mâles quittent femelle et oisillons dès la fin juin, en particulier dans les aires de reproduction les plus septentrionales et péri-arctiques, celles où la nourriture disponible est la plus chiche, laissée en priorité aux juvéniles et leur mère. Ce sont les mâles que l'on observe d'abord sur le front migratoire de juillet et ce sont aussi les premiers arrivés sur les sites d'hivernage subsahariens les plus méridionaux. Là encore, on peut imaginer que les sites d'accueil les plus proches du Sahara (delta et fleuve Sénégal; delta intérieur du fleuve Niger au Mali; lac Tchad et vallée du Logone) sont laissés, au moins dans un premier temps, aux oiseaux inexpérimentés qui feront leur première migration nord-sud.

Le tiercé gagnant dans le bas-delta...

Chez les limicoles, c'est le chevalier guignette (actitis hypoleucos, cf. photo ci-après) qui est le premier revenu sur ses sites d'hivernage du delta saint-louisien: il apparaît en deuxième semaine du mois de juillet - ceux que j'ai observés de 2008 à 2011 étaient de retour entre le 11 et le 21 juillet, sur les rives du Lampsar bangotin. Dès la deuxième quinzaine, ce sont les courlis corlieux (numenius phaeopus, cf. photo ci-après) qui passent plein sud, en criant, visibles dans le ciel deltaïque généralement en fin d'après-midi (obs. personnelles des premiers passages, du 18 au 26 juillet), bientôt accompagnés par quelques courlis cendrés (numenius arquata) et, haut dans le ciel, par des barges, des combattants et les tout premiers vols de bécasseaux. Dans les ultimes jours du mois, les premiers stationnements dans le bas-delta se font soudainement intenses (notation du 28 juillet), en particulier avec l'arrivée massive (notations des 28-31 juillet) des chevaliers sylvains (tringa glareola, cf. photo ci-après). Le 31 juillet, on peut déjà observer dans le bas-delta du fleuve Sénégal le stationnement de 9 espèces de limicoles* (Voir ICI sur Ornithondar). A noter qu'en plus des limicoles sus-cités (guignettes, sylvains et courlis), c'est un laridé, la guifette noire (chlidonias niger), qui offre à l'observateur les autres passages nord-sud remarquables des juillettistes (à partir des 11-13 juillet, obs. personnelles).

combattant varié, barge à queue noire, courlis corlieu, courlis cendré, chevalier guignette, chevalier sylvain, chevalier cul-blanc,  chevalier aboyeur, chevalier gambette (cf. photo ci-dessus)

2013 02 17. Chevalier guignette sur le fleuve Sénégal / © Photo par Frédéric Bacuez
2013 01. Chevalier sylvain dans la plaine alluviale du fleuve Sénégal / © Photo par Frédéric Bacuez
2013 02 6. Courlis corlieux sur les bancs de sable du Sénégal à marée basse / © Photo par Frédéric Bacuez

samedi 6 juillet 2013

Le bec-en-ciseaux d'Afrique, très rarement observé au Sénégal

2012 08 7. Bec-en-ciseaux d'Afrique survolant les lagunes de la Technopole, à Dakar, Sénégal / Courtesy photo par Paul Robinson pour Senegalwildlife

* Du delta du fleuve Sénégal à la péninsule du Cap-Vert -

Aparté: admiré mon premier bec-en-ciseaux noir (d'Amérique, rhynchops niger, black skimmer), en Guyane française, le 28 juin dernier: dans la moire de l'aube, l'oiseau volait au ras de l'eau en longeant le rivage de la plage de Gosselin, près de Rémire-Montjoly, sa mandibule inférieure effleurant la mer endormie à marée basse. Le laridé se dirigeait vers l'estuaire du Mahury.

Additif aux notules de Paul Robinson de juillet-août 2012 (Voir ICI) et de ce jour (Voir ICI) sur le blog de Senegalwildlife, et à mon observation d'un bec-en-ciseaux en mai 2010 sur le Lampsar (Voir ICI sur Ornithondar):

Bien que le bec-en-ciseaux d'Afrique (rhynchops flavirostris, african skimmer) doit théoriquement fréquenter les grands fleuves Sénégal et Gambie et leurs bancs de sable, il y est pourtant (quasi) invisible ! Le rencontrer est si improbable qu'on ne compte les observations du pittoresque laridé que sur les doigts d'une main... depuis les années 60' de l'autre siècle !...

  • Années 60': Morel le donnait comme nicheur sur le moyen Sénégal dans les années 1964 (probablement du complexe des îles à Morphil) puis "assez commun mais sporadique" (?) "de l'embouchure [du fleuve Sénégal, ndlr.] à la Falémé" (??) jusqu'au seuil des années 80' (???)
  • Fin XXe siècle: observations de deux rassemblements dans le Sine Saloum - dont un groupe de 400+ ind. en 1992
  • 2010 05 22: observation personnelle d'un individu au-dessus du Lampsar, affluent du fleuve Sénégal (cf. notule ICI sur Ornithondar)
  • 2012 07 & 08: observation de deux individus subadultes à la Technopole de Dakar, par mon ami Paul Robinson [première citation sur ce SIBE, ndlr.]
  • 2013 07 6: observation d'un individu adulte sur le même site de la capitale sénégalaise, toujours par Paul Robinson

2012 03 17. Sur le fleuve Niger, au Mali vers Safola, une quarantaine de becs-en-ciseaux d'Afrique
/ Courtesy photo par Lionel Sineux pour African Bird Club

Les becs-en-ciseaux visitant la Gambie et le Sine Saloum proviennent sans doute d'un noyau guinéen ou sierra-leonais tandis que les sujets aperçus ici ou là sur le cours du fleuve Sénégal seraient, dans le meilleur des cas des résidents, susceptibles d'y nicher entre février et avril, ou/et vraisemblablement des erratiques postnuptiaux en provenance du fleuve Niger, au Mali, via le haut Sénégal et la Falémé. Un (re)groupe(ment) de 44 ind. y a été photographié plusieurs fois entre la fin février et la mi-mars 2012 par Lionel Sineux (voir la galerie de photos ICI) sur un même site de bancs sableux à 25 kilomètres au sud de Kangaba (cf. photo ci-dessus). Quant aux deux ou trois individus découverts par Paul sur les lagunes de la Technopole dakaroise, viennent-ils du nord, ou du sud ? That is the question...

Nota: classé depuis le début de ce siècle dans la catégorie des espèces quasi menacées (Near Threatened) sur la Liste rouge de l'UICN, le bec-en-ciseaux d'Afrique est distribué sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne à condition qu'il y ait de grands et larges fleuves parsemés de solides bancs de sable. On estime sa population à 15-25 000 individus, l'essentiel des effectifs vivant en Afriques orientale et australe: je doute fort qu'il y ait encore 7 à 13 000 individus en Afriques occidentale et centrale - en tout cas certainement pas à l'ouest du Gabon ! De petits noyaux subsistent tant bien que mal au Nigeria et en Guinée, des groupes sporadiques au Mali, et de toutes petites familles isolées ici et là, au Bénin, en Côte d'Ivoire (lagune de 'vieux' Lahou, obs. Lionel Sineux, juin 2013), en Sierra Leone...

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