" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

dimanche 2 février 2014

2, la route de Dakar - J.J. et le Rutland Osprey Project

N2, route de Saint-Louis-du-Sénégal à Dakar / Courtesy photo par Eddy Graëff pour Ornithondar et Saintlouisdusenegal.com/


* Bango/Saint-Louis - Dakar LSS par la N2 puis l'autoroute -

Voir aussi: ICI sur Ornithondar (2013 11 6)


Fin de séjour sahélien pour les ami(e)s Cath', John, Paul du Rutland Osprey Project et J.J. du GambiaBirdguide. En refluant vers les vertes mangroves de Gambie, le tank de J.J. fait un crochet par l'enfer dakarois - tout de même deux balbuzards au-dessus du chaos !- pour me déposer à l'aéroport Léopold Sédar Senghor, au bout du bout de la péninsule défigurée, en pleine agglomération, heureusement accessible dans des délais raisonnables grâce à cette fameuse autoroute, enfin ouverte (cf. photo ci-contre), dont les péripéties de construction firent tant jaser sous les deux mandatures des impayables Wade père & fils. 

Ci-contre: 2014 03, bretelle d'autoroute dans la banlieue dakaroise 
/ Courtesy photo par Eddy Graëff

Si l'on a l'habitude de prendre la N2 qui relie Saint-Louis à Dakar, et si on a la fibre ornithologique et le goût du détail, on s'amusera à noter au fil des saisons la distribution changeante de certaines espèces résidentes parmi les plus communes du pays - la zone qui va de Tivaouane au sud à Kébémer au nord faisant un peu l'interface saisonnier... Beaucoup d'espèces afrotropicales (coucous, calaos, rolliers, et même les choucadors) suivent la montée ou le repli du Front de convergence Inter Tropical (FIT). En saison sèche par exemple, donc aujourd'hui, en venant du nord on ne commence à apercevoir les rolliers variés (coracias naevia), en très petit nombre, qu'à partir de Tivaouane alors qu'en saison des pluies on peut les voir aux cotés de leurs cousins d'Abyssinie (coracias abyssinicus) jusqu'au seuil du delta saint-louisien.

Les vautours du Djolof

L'intérêt ornithologique de la route du nord réside dans ses vautours* (surtout entre Thiès et Rao, plus particulièrement dans le Ndiambour et la région de Louga à Kébémer): en toutes saisons on est assuré de voir évoluer dans les cieux voisins des villes provinciales quelques groupes de gyps, africains (gyps africanus) et de Ruppëll (gyps rueppellii), et de vautours charognards (necrosyrtes monachus). En hiver, ils peuvent être rejoints, descendus d'Europe méditerranéenne et du Maghreb, par des vautours fauves (gyps fulvus) et, beaucoup plus rarement, par quelques percnoptères d'Egypte (neophron percnopterus), surtout si la carcasse d'un animal domestique culbuté par un véhicule traîne sur les bas-cotés du bitume. L'attraction reste cependant le plus volumineux de tous, le rare et solitaire oricou (torgos tracheliotus), que l'on surprendra néanmoins régulièrement sur quelques sites qu'il affectionne, au nord-ouest de Kébémer, ou entre Louga et Mpal, ou encore plus au nord-est si l'on prend la (mauvaise) route de Keur Momar Sarr en direction du lac de Guier et de la vallée fossile du Ferlo. Le fait d'observer des vautours dans le ciel d'Afrique n'est plus anodin (cf. décompte ci-après): partout les effectifs, tous les effectifs y compris ceux du charognard, sont en déclin quasiment inexpliqué et pour l'heure inexplicable (même si nous avons quelque idée sur la question). En Afrique occidentale, seule en effet la région qui va de la presqu'île dakaroise au seuil du delta saint-louisien (mais pas le delta !) et au lac de Guier (Voir ICI sur Ornithondar), en gros le Djolof, accueille des populations de vautours encore aisément visibles et bien présentes. Avec les deux espèces hivernantes de vautours paléarctiques sus-citées - plus, bientôt, le fameux vautour moine (aegypius monachus), dont deux observations ont été déjà faites au Sénégal ces dernières années !-, cela fait au moins six espèces de vautours - sans compter l'allogène moine et l'autochtone à tête blanche (trigonoceps occipitalis), rarissime voire accidentel sur la partie littorale du pays- que l'ornithologue peut rencontrer et, parfois, photographier sans difficulté... depuis la voiture, surtout si la chance le fait passer juste à coté d'une curée !

* Voir la galerie photos, toute récente, d'Etienne Henry, sur une curée de vautours dans la région de Ndande: ICI sur Flickr


2014 01 26, vautour oricou au nord de Kébémer
/ Courtesy photo par John Wright pour Ornithondar et Wrightswanderings


OISEAUX / 20+ espèces 'cochées'
MAMMIFÈRES / 1 espèce vue

Vu (liste non exhaustive, depuis la voiture):

  • {Vautour oricou} (torgos tracheliotus, lappet-faced vulture), 1 ind. vu par John Wright [à quelques kilomètres au nord de Kébémer, 2014 01 29, cf. photo ci-dessus]
  • Vautour charognard (necrosyrtes monachus, hooded vulture), ~20+ ind. en tout - dont: 2 ind. [Ndiambour à Sakal] + 1 ind. sur la route [Ndiambour 15 km avant Louga] + 2 ind. [zone de Louga] + 2 ind. perchés sur un acacia [près de Louga] + 5 ind. perchés [Guéoul] + 1 ind. perché [au sud de Kébémer] + 1 ind. cerclant [Dakhar-Mbougne] + quelques charognards avec ~20 de vautours africains [Kelle] + 1 ind. au loin [Mekhe] + 3 ind. cerclant au-dessus de la route [~30 km au nord de Thiès]
  • Vautour africain (gyps africanus, african white-backed vulture), 29- ind. en tout - dont: 2 ind. perchés [Ndiambour 11 km avant Louga] + 5 ind. [zone de Louga] + 1 ind. [sud de Louga] + ~20 ind. cerclant avec quelques charognards [Kelle] + 1 ind. cerclant avec des milans parasites [au nord de Goureye]
  • Vautour indéterminé (gyps sp., vulture sp.), ~13 ind. en tout - dont: 2 ind. au loin + ~10 ind. perchés sur un baobab [confins de Louga] + 1 ind. perché au loin [zone de Guéoul]
  • Balbuzard pêcheur (pandion haliaetus, osprey), uniquement dans la péninsule urbanisée du Cap-Vert: 1 ind. femelle survole la route dans la lointaine banlieue dakaroise [Bargny] + 1 ind. au-dessus de l'autoroute urbaine [Guediawaye] - enfin (presque) achevée et invraisemblablement hors de prix (pour un pays aussi pauvre que le Sénégal) !
  • Milan noir (milvus migrans migrans, black kite), 2 ind. [entre Louga et Guéoul]
  • Milan parasite à bec jaune (milvus parasitus, yellow-billed kite), 5 ind. [au nord de Goureye] + 3 ind. [Tivaouane] + 1 ind. [au sud de Tivaouane] + quelques ind. [rôneraie de Thiès]
  • Elanion blanc (elanus caeruleus, black-shouldered kite), 1 ind. fait le saint-esprit [Thieumbeul] + 2 ind. chassant puis se posant à l'ombre [au sud de Goureye]
  • Faucon crécerelle (falco tinnunculus ssp. tinnunculuscommon kestrel), 1 ind. perché sur un baobab [au sud de Tivaouane]
  • Martinet des maisons (apus affinis ssp. aerobates, little swift) [Tivaouane]
  • Martinet des palmes (cypsiurus parvus, african palm swift), 6 ind. en vol [au sud de Goureye]
  • Rollier varié (coracias naevius, rufous-crowned roller), 1 ind. [juste avant Tivaouane] + 1 ind. [juste après Tivaouane]: pas au nord en saison sèche 
  • Rollier d'Abyssinie (coracias abyssinicusabyssinian roller), 2 ind. [Ndiambour] + 1 + 1 ind. [zone de Guéoul] + 1 ind. [Kébémer] + 1 ind. [au sud de Kébémer] + 1 ind. [Kelle] + 1 ind. [Thieumbeul] + 1 ind. + 2 ind. près d'un puits [au nord de Tivaouane]
  • Irrisor moqueur (phoeniculus purpureus ssp. senegalensis, green wood-hoopoe), 2 ind. [sud de Louga]
  • Huppe fasciée (upupa epops ssp., hoopoe ssp.), 1 ind. [au sud de Kébémer]
  • Calao à bec rouge (tockus kempi, western red-billed hornbill), surtout au sud de Kébémer
  • Choucador à oreillons bleus (lamprotornis chalybaeus, greater blue-eared glossy starling)
  • Choucador à longue queue (lamprotornis caudatus, long-tailed glossy starling), dont vol de 6 ind. dans la rôneraie [de Thiès]
  • Choucador à ventre roux (lamprotornis pulcher, chestnut-bellied starling), plus au nord qu'au sud
  • Corbeau pie (corvus albus, pied crow), 1 ind. [Kébémer] + 2 et 2 et 2 ind. [au nord de Goureye] + 1 ind. à la margelle d'un puits + 3 et 1 ind. [au nord de Tivaouane] + 5 ind. [au sud de Tivaouane]
  • Piacpiac (piapiac africain, ptilostomus aferpiapiac), groupe de ~8 ind. [36 km au nord de Thiès]

AUTRES:
Cricétome des savanes (ex rat géant de Gambie, cricetomys gambianis, gambian giant pouched rat), 1 cadavre en bord de route [au sud de Mekhe]


Greetings from north Senegal...
Avec Cath', John, Paul et J.J. 
Galerie du Rutland Osprey Project's 
tour au nord du Sénégal, 2014 01-02
Trois-Marigots; Ndiaël; forêt de Ndiaye; Djoudj 
/ 2014 01 29, 30 & 31 et 02 1 & 2, photos par Frédéric Bacuez
- Cliquer sur les images pour les agrandir -

Lire aussi les notules d'Ornithondar sur le séjour deltaïque du Rutland Osprey Project:






Voir toute la galerie photos sur la page Ornithondar de FacebookICI
Et l'album dédié 'Sur le terrain, avec le Rutland Osprey Project' sur PicasawebICI

samedi 1 février 2014

1, événement: huppes sénégalaise x européenne = couple mixte

2013 12 10 11h40 du matin. A l'entrée de la loge, couple mixte de huppes fasciées, une première documentée !
A gauche, mâle epops senegalensis (Afrique) - A droite, femelle epops epops (Europe)
/ Photo par Frédéric Bacuez

* Bango. Impasse Gustave Pelloux. 'Chez Eddy & Fatou' -

Avec Cath' & John Wright.
SOIR-

Ce soir [1er février 2014, ndlr.], confirmation par John Wright de ce qui m'intriguait depuis plusieurs semaines - à dire vrai depuis fin novembre et le remue-ménage courtisan devant la baie vitrée du salon, sous mes yeux: un couple de huppes fasciées (upupa epops, hoopoe) associant un mâle de la sous-espèce afrotropicale résidente senegalensis et une femelle de la sous-espèce paléarctique hivernante epops epops semble s'être si bien amouraché qu'une nichée est au nourrissage dans une vieille loge de pic goertan (dendropicos goertae), à mi-hauteur du tronc d'un vénérable prosopis du jardin ! Nos observations et photographies de cette insolite union (beaucoup moins en vogue chez les oiseaux que chez les humains) seraient donc les premières documentations d'un accouplement (réussi) entre deux huppes de races différentes:

  • La huppe fasciée d'Eurasie et du Maghreb (upupa epops epops, european hoopoe) est un brin plus pâle (notamment la femelle, "cannelle-chamois") et à peine plus grande que la race africaine - sauf la femelle qui se trouvera plus menue qu'un mâle africain... Les deux critères de différenciation sont le dos un peu plus foncé (c'est loin d'être décisif !) et surtout les quatre bandes blanches bien nettes sur les secondaires.
  • La huppe fasciée d'Afrique occidentale (upupa epops/upupa africana senegalensis, west african hoopoe) est plus foncée (un "cannelle-roussâtre" ou "noisette" plus uniforme) et sensiblement de même taille, peut-être plus ramassée que la race eurasienne. Le critère le plus évident, bien visible - notamment à l'envol, est l'aspect de 'blanc gagnant nettement sur le noir' des secondaires: les bandes noires et blanches sont comme cassées, laissant apparaître, au repos, de diffuses tâches blanches tendant à se superposer sur les bandes noires et, en vol, une belle plage immaculée sur les ailes déployées. De même, quand la crête est rejetée vers l'arrière, à la différence de la huppe européenne la huppe africaine ne possède pas de bande blanche subterminale au bout de ses plumes.

En cette fin d'après-midi [1er février 2014, ndlr.], le mâle africain et la femelle européenne se relaient pour apporter à la loge une nourriture visiblement destinée à des oisillons: araignées et larves sont les proies que les deux parents extirpent des sables du jardin à l'aide de leurs longs becs arqués, agiles et précis dans la sonde du sol.

Tout commence en novembre...

Si la huppe fasciée d'Afrique peut chanter toute l'année, c'est après la saison des pluies que le mâle pupule le plus - c'est ainsi qu'on dit-, quasiment sans interruption. Le son caverneux et lancinant porte loin et les alentours résonnent de ses 'hoop-oup-oup' lancés à la cantonade depuis un fil téléphonique, un arbre mort, un mur d'enceinte. Cette année, monsieur senegalensis semble délaisser le jardin d'Ibou tout proche pour investir, c'est ma chance, le jardin de 'Fatou & Eddy', de l'autre coté de l'impasse Gustave Pelloux. 

2013 11 20-

Depuis quelques jours en cette fin novembre, monsieur senegalensis bat le rappel dans le quartier: il pupule à gorge déployée depuis la fourche et les grosses branches d'un vénérable prosopis planté au milieu du jardin sablonneux. Comme s'il prenait son souffle, il appelle, le bec à peine entrouvert, en jetant la tête en arrière avant de la rabattre vers l'avant sur le poitrail bombé. Madame epops volette dans les environs, passe comme si de rien n'était, et finit par prendre place dans le flamboyant qui est à l'entrée de la cour, observant de loin le bellâtre qui s'époumone... au-dessus d'une belle loge...

Ci-dessous: monsieur upupa epops/africana senegalensis (à g.) pupule à gorge déployée, madame upupa epops epops se rapproche du bel canto (à d.) 
2013 11 20 / Photos par Frédéric Bacuez



Au zénith de la journée, monsieur senegalensis se rapproche ostensiblement de la loge creusée (par d'autres) dans le tronc inférieur du gros arbre. Il fait souvent mine de s'activer autour de la cavité: une sorte de nettoyage des lieux démonstratif, un petit coup de bec ici, un écorçage minimaliste là, un semblant de tambourinage à l'intérieur même du trou... Ce qui déclenche l'intérêt d'un barbican de Vieillot (lybius vieilloti) du voisinage; ce barbu-ci (un autre chanteur infatigable qui se pose là en matière de vocalises répétitives !) vient observer les simagrées de la huppe fasciée qui en fait des tonnes pour attirer sa dulcinée - laquelle finit par rappliquer, évidemment.

Ci-dessous: un barbican de Vieillot (en haut) est attiré par les vocalises de monsieur upupa epops/africana senegalensis (en bas) 
2013 11 20 / Photos par Frédéric Bacuez



La femelle epops s'installe à la fourche du prosopis, juste au-dessus du mâle senegalensis, puis papillonne autour de l'arbre, inspectant le tronc dans les moindres détails avant de s'agripper à l'entrée de la cavité. Comme une vigie juchée à quelques centimètres sous elle, monsieur pousse régulièrement des croassements râpeux du plus vilain effet - symptômes d'une excitation paroxystique ! On ne sait pas encore si la niche cavernicole est de bonne tenue: madame retourne au sol et se met à sonder goulûment les sables habités du jardin. Monsieur s'empresse de la rejoindre et d'en faire de même, chacun de son coté.

Ci-dessous: monsieur upupa epops/africana senegalensis (en haut et en bas à d.) attire enfin madame upupa epops epops près de la loge du prosopis 
2013 11 20 / Photos par Frédéric Bacuez




Les offrandes de décembre

2013 11 22 - 12 27-

Jusque fin décembre, le petit manège séducteur autour du prosopis et de sa loge se répète à intervalles réguliers, entrecoupé de longues parties de chasses aux cétoines en hibernation souterraine. Mi-décembre, monsieur senegalensis est tout rouge de pupuler à perdre voix (cf. photo ci-dessous) ! Malgré ses efforts pour attirer madame epops vers le nid d'amour, l'entreprise semble vouée à l'échec. Monsieur redouble pourtant d'efforts: il fait la roue comme un paon, visite lui-même la loge pour en extirper de menus débris, lisse l'orifice de la cavité pour en atténuer les aspérités de l'écorce, offre ses proies à la belle, séduite par les gesticulations du beau gosse tropical; mais l'européenne fait toujours sa mijaurée... Puis plus rien...

Ci-dessous: 
- première ligne: monsieur upupa epops/africana senegalensis (à g.) et madame upupa epops epops (à d.)
- seconde ligne: monsieur upupa epops/africana senegalensis pupule, fait le beau et déterre les cétoines
- troisième ligne: madame upupa epops epops fait sa mijaurée...
- quatrième ligne: monsieur upupa epops/africana senegalensis (à g.) fait mine de nettoyer la loge qu'il propose à madame upupa epops epops
/ Photos par Frédéric Bacuez






Un barbican à poitrine rouge comme révélateur !

2014 01 20-

A 18h en cette fin de journée de janvier, un barbican à poitrine rouge (lybius dubius) est visiblement intrigué par la loge du prosopis - loge qu'il peut lui aussi occuper pour nicher. Ce barbu-là s'en approche, remuant la tête en tout sens, les yeux écarquillés; après moult hésitations, accroché au bord de l'orifice, le curieux jette un oeil furtif à l'intérieur pour aussitôt en retirer la tête, loin en arrière, comme si notre oiseau avait été repoussé ou comme s'il avait vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir: une nichée, une couvée - et une huppe fasciée d'Europe au fond du nid d'Afrique !?

Ci-dessous: barbican à poitrine rouge intrigué par ce qui se passe dans la loge... / Photos par Frédéric Bacuez



Eurêka ! Le couple mixte donne la becquée à des 'senegalepops' !

(A partir du) 2014 01 22-

En cette dernière décade de janvier, les allers et venues incessants des deux huppes fasciées à la loge, araignées et larves dans le bec (cf. photos ci-dessous), montrent à l'évidence qu'il y a une nichée au fond de la loge du prosopis ! L'interminable cour que monsieur senegalensis a faite à madame epops s'est conclue par une discrète union et l'incontestable éclosion d'une nouvelle sous-espèce de huppe fasciée: upupa epops senegalepops voire tout simplement upupa epops bangotii !!!


" The West African field guide illustrations 
clearly separate the two Hoppoe forms 
but it would surely be unusual for 
a European to be breeding with a West African ? "
- John Wright, in Wrights wanderings, 2014 03

Toute la journée, le couple déambule dans les sables de la cour et quand il n'est pas ici, c'est que les huppes sont dans le jardin maraîcher d'Ibou ou dans d'autres cours de l'impasse Gustave Pelloux. D'un pas alerte sur leurs courtes pattes, les deux oiseaux sont tellement absorbés par leur quête de proies - sonder le sable, attendre, planter le bec ! Sonder, attendre immobile, piquer !- qu'ils deviennent encore plus confiants que d'habitude. Ce qui a le chic d'irriter les choucadors, à oreillons bleus (lamprotornis chalybaeus) ou à longue queue (lamprotornis caudatus), qui n'apprécient pas toujours que les trottinettes traversent leur périmètre... Monsieur senegalensis continue d'offrir deux proies sur trois à madame epops: se redressant, le torse bombé, la huppe en érection, il tend sa capture saisie en bout de bec et la glisse dans la gueule de sa compagne, prosternée, la tête en arrière, le bec ouvert, comme un oisillon attendant la becquée...  Aussitôt madame gagne la loge, plonge une partie du corps dans l'obscurité et ressort... le bec délesté ! Parfois, monsieur décide d'apporter lui-même la nourriture aux oisillons invisibles; elle laisse faire mais si bientôt elle débusque une proie, la mère a tôt fait de venir déloger son compagnon, sans ménagement.

" Nos observations et photographies, 
premières documentations d'un accouplement (réussi) 
entre deux huppes fasciées de races différentes "
- Frédéric Bacuez, in Ornithondar 2014 04


Ci-dessous: monsieur upupa epops/africana senegalensis et madame upupa epops epops très affairés par leur union et la nichée qui en a découlé... 
2014 01 22 / Photos par Frédéric Bacuez






Entre deux becquées, la veille sur le fil

(A partir du) 2014 01 23-28-

Entre deux becquées, monsieur senegalensis se tient longuement à la fourche basse du prosopis, à deux ou trois mètres de la loge, tandis que madame epops prend vite l'habitude de se tenir sur la corde à linge toute proche: celle-ci est un excellent poste d'observation à partir duquel la mère des oisillons peut embrasser l'entrée de sa loge. Parfois, surtout au zénith, madame epops rejoint aussi le prosopis et se repose sur une grosse branche presque horizontale, s'y tenant à l'ombre du feuillage. Quand il y a eu lessive dans la maisonnée des Hommes, le fil à linge devient le plus confortable des perchoirs, si douillet qu'on peut même y piquer un somme (cf. photo ci-dessous)...

* Lire aussi sur Ornithondar2014/01/22-23 il y a de la couvée en perspective

Ci-dessous: au zénith, les heures calmes et de la somnolence pour madame upupa epops epops, (toujours) sur le fil... 
2014 01 23-26 / Photos par Frédéric Bacuez




Nota: le nid des huppes fasciées est des plus sommaires, ici en Afrique comme en Europe. Si la cavité a été jugée imperméable aux improbables intempéries - la plupart du temps, la loge subsaharienne a été utilisée par des pics ou des barbicans-, le fond du trou restera à nu, éventuellement agrémenté de quelques rebuts végétaux. L'incubation n'est faite que par la femelle, entretenue par son compagnon qui n'entre pas dans la cavité. Après l'éclosion, la femelle restera au nid durant une bonne semaine, dont elle ne s'extirpera (sans quelques difficultés, cf. photos ci-dessous) que pour se nourrir. La loge est ensuite abandonnée aux rejetons, alimentés depuis l'entrée... On comprend pourquoi le nid de la huppe a la réputation d'être malodorant: les oisillons n'ont aucune possibilité d'éjecter leurs excréments hors du gouffre...

Sources: Migraction.net/
Huppe d'Europe: Oiseaux-birds.com/Huppe fasciée
Huppe d'Afrique: Oiseaux-birds.com/Huppe d'Afrique

Calendrier d'Ornithondar sur la nichée senegalensis x epops epops:

  1. Cinq à sept oeufs.......................................................Entre le 28 décembre 2013 et le 3 janvier 2014
  2. Dix-huit jours d'incubation..........................................Éclosion entre le 15 et le 21 janvier 2014
  3. Envol des oisillons à trois ou quatre semaines..........Entre le 5-12 février et 11-18 février 2014 

"(...) l'incontestable éclosion 
d'une nouvelle sous-espèce de huppe fasciée: 
upupa epops senegalepops 
voire tout simplement upupa epops bangotii !!! " (Lol !)

Question(s): la huppe fasciée européenne epops epops est censée reprendre la voie du nord pour sa migration prénuptiale à partir de mi-février [Afrique de l'ouest>Europe]. Les retours en Europe s'échelonnent de mi-mars aux premières semaines d'avril, le pic d'arrivée ayant lieu fin mars. La migration postnuptiale [Europe>Afrique subsaharienne] s'étale dans le temps, de mi-juillet pour les plus précoces à mi-octobre, avec un pic d'envol en septembre. Si la huppe en Europe ne semble produire qu'une couvée par saison, la huppe fasciée d'Afrique occidentale epops/africana senegalensis, résidente, peut réaliser jusqu'à trois couvées par année !

  • Cette huppe d'Europe s'est-elle in fine 'tropicalisée' et donc installée sous nos cieux deltaïques du Sénégal ? Cela viendrait atténuer une tendance qu'ont les huppes fasciées d'Europe (celles du Maghreb n'étant pas a priori migratrices) à hiverner de moins en moins loin: on assiste de plus en plus régulièrement à l'hivernage de upupa epops epops dans les Pyrénées orientales (France) ainsi que sur l'ensemble du pourtour méditerranéen.
  • Cette huppe d'Europe s'est-elle laissée séduire par une huppe d'Afrique très entreprenante et qui aurait perdu, ou abandonné, sa compagne indigène ?


Ci-dessus: 2014 01 23 11h15, madame upupa epops epops s'extrayant laborieusement de sa loge 
Ci-dessous: 2014 01 28 16h40, madame upupa epops epops quittant sa loge du prosopis dans laquelle elle a niché !
/ Photos par Frédéric Bacuez

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