" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

vendredi 20 février 2015

20, Dakar-St.Louis en mode 'vent et poussière': les vautours collés au sol !

2015 01, sur la route N2 de Dakar à Saint-Louis-du-Sénégal: de la chair fraîche pour les vautours africains (gyps africanus) !
/ Courtesy photo par Eddy Graëff pour Ornithondar

N2, Dakar-Saint-Louis-du-Sénégal (267 kms)-

MIDI-
Les frimas de la péninsule du Cap Vert puis l'harmattan dans l'hinterland, rien de tel pour attraper une bronchite ou un truc du genre - la poussière faisant le reste pour plomber le ciel, et scotcher les rapaces au sol ! Dans ce cas, plus que les Hommes les oiseaux n'en mènent pas large, restant aux abris dans le feuillage profond d'un nîîm ou d'un prosopis pour les plus petits, ou carrément au sol, blottis les uns contre les autres, la tête bien rentrée dans les épaules, en ce qui concerne nos amis les charognards... Entre Sakhal et Mpal, un bataillon d'au moins 70 vautours africains (gyps africanus) et vautours de Rüppell (gyps rueppellii) patientait directement en bord de route, près des carcasses des deux derniers ânes que les 4x4 à tombeau ouvert leur avaient offert quelques heures avant notre passage... en 504 familiale... A cette exception près, toujours réconfortante à entrevoir dans un monde où les vautours tombent comme des mouches, pas une plume ou presque à identifier depuis l'arrière de l'antédiluvien taxi-brousse confrérique, la tête dans le plafond en lambeaux...


N2, route de Saint-Louis-du-Sénégal:
avec les vautours africains (gyps africanus) rassasiés,
quelques Rüppell (gyps rueppellii) et charognards (necrosyrtes monachus)
- et un oricou (torgos tracheliotus) "planqué"...
/ Courtesy photo par Alix & Daniel Mignot pour Ornithondar
 
 OISEAUX / 11 espèces vues
 
Vu:
Vautour charognard (necrosyrtes monachus, hooded vulture), 1 seul ind., à un carrefour de N'Gor (Dakar) / Vautour africain (gyps africanus, african white-backed vulture) et vautour de Rüppell (gyps rueppelli, Ruppell's griffon vulture), 70+ ind. près de deux carcasses d'ânes (vers Sakhal, à 47 kilomètres de Saint-Louis) / Martinet des palmes (cypsiurus parvus, african palm swift), quelques ind. / Rollier d'Abyssinie (coracias abyssinicus, abysinian roller), 1 ind. en équilibre instable sur un fil électrique / Hirondelle rustique (hirundo rustica, barn swallow), 1 + 1 ind. / Choucador à oreillons bleus (lamprotornis chalybaeus, greater blue-eared starling) / Choucador à longue queue (lamprotornis caudatus, long-tailed glossy starling) / Choucador à ventre roux (lamprotornis pulcher, chestnut-bellied starling) / Moineau doré (passer luteus, Sudan golden sparrow) / Alecto à bec blanc (bubalornis  albirostris, white-billed buffalo weaver) /

Aparté: Dakar, un hotspot pour les oiseaux marins et les... balbuzards pêcheurs !



Ci-dessus: 2015 02 20,  balbuzard pêcheur (pandion haliaetus) ramassant un diodon (poisson porc-épic, bunfokki bi en langue wolof) dans l'anse abritée du Calao, Dakar N'Gor
/ © Photos par Frédéric Bacuez
En haut: puffins du Cap-Vert (calonectris edwardsii) et grands dauphins (tursiops truncatus) entre les Mamelles et la pointe des Almadies, Dakar / Courtesy photo par Senegalwildlife

* Dakar-N'Gor, 'Village du Calao'-

Ses trois millions d'âmes ont d'autres chats à fouetter et les rares touristes n'ont que bronzette en tête - voire plus si affinités- pour fuir au plus vite la mégalopole chaotique vers la Petite Côte... Seuls les initiés sont dans la confidence: la péninsule la plus occidentale du continent est incontestablement un site majeur pour observer, de septembre à mai, l'une des plus accessibles concentrations hivernales d'oiseaux marins dont un ornithologue puisse rêver ! Parfois au plus près de la côte déchiquetée, au creux des vagues déchaînées, des espèces que l'on ne peut généralement rencontrer qu'en haute mer sont aisément visibles, y compris depuis le littoral si l'on choisit de se munir de bonnes jumelles ou d'une longue vue, en s'installant sur un promontoire approprié. Si la capitale sénégalaise ne manque pas de lieux propices à cette observation ornithologique (Castel de Gorée, Cap Manuel, Corniche ouest, Mamelles, pointe des Almadies, îles de la Madeleine et de N'Gor, îlot de Yoff), l'un des sites les moins inconfortables est la terrasse du Village Club Calao, un motel décrépi à N'Gor, sur le continent. Seuls le vent et la fraîcheur y vous contraindront, tôt ou tard, à chercher refuge dans la salle voisine, pour un petit déjeuner par exemple, derrière des vitres rarement nettoyées, à l'aplomb des vagues fracassantes (cf. photos ci-dessous). L'autre solution, la meilleure mais aussi la plus secouée, est de monter à bord d'une intrépide pirogue Lébou et de se laisser brinqueballer par la forte houle pour approcher au plus près fous (2 à 3 espèces), labbes (5 à 6 espèces), puffins (9 espèces et sous-espèces), océanites (4 à 5 espèces), mouettes (4 à 8 espèces) et goélands (5 espèces), sternes (10 à 11 espèces) et guifettes (2 à 3 espèces) - avec en prime, si la chance sourit au téméraire, la vision fugace d'un phaéton (paille-en-queue) à bec rouge venu du parc national des îles de la Madeleine (PNIM), à quelques encablures de la capitale (cf. ci-après la liste des 46 espèces d'oiseaux observables). Sans oublier les dauphins qui ne manqueront pas d'escorter le frêle esquif... 
 
Ci-dessous: 2015 02 20, depuis la terrasse du Calao, vue sur l'anse de l'hôtel, l'île de N'Gor et l'océan Atlantique
Ce matin, juste en passant, 7 balbuzards, des fous de Bassan, des puffins fuligineux et des labbes pomarins, les sternes royales et quelques goélands d'Audouin immatures...
/ © Photos par Frédéric Bacuez
 

Liste des oiseaux observables au large de la péninsule du Cap Vert (Dakar)
- Avec Senegal Seawatching:

  • Pétrel de Bulwer  (Bulweria bulwerii, Bulwer's Petrel)
  • Puffin de Scopoli (Calonectris diomedea diomedea, Scopoli's Shearwater)
  • Puffin cendré (Calonectris diomedea borealis, Cory's Shearwater)
  • Puffin du Cap-Vert (Calonectris diomedea edwardsii, Cape Verde Shearwater, cf. photo en haut de notule)
  • Puffin majeur (Puffinus gravis, Great Shearwater)
  • Puffin fuligineux (Puffinus griseus, Sooty Shearwater)
  • Puffin des Anglais (Puffinus puffinus, Manx Shearwater)
  • Puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus, Balearic Shearwater)
  • Puffin de Boyd (Petit puffin du Cap-Vert, Puffinus assimilis boydi, Boyd's Shearwater)
  • Puffin de Macaronésie (Puffinus assimilis baroli, Macaronesian -Little- Shearwater)
  • Océanite de Wilson (Oceanites oceanicus, Wilson's Storm-petrel )
  • Océanite tempête (Hydrobates pelagicus, European Storm-petrel)
  • Océanite de Castro (Oceanodroma castro, Madeiran -Band-rumped- Storm-petrel)
  • Océanite culblanc (Oceanodroma leucorhoa, Leach's Storm-petrel)
  • Phaéton à bec rouge (Phaethon aethereus mesonauta, Red-billed Tropicbird)
  • Fou de Bassan (sula bassana, northern gannet)
  • Fou brun (Sula leucogaster, Brown Booby)
  • Grand cormoran à poitrine blanche (phalacrocorax carbo lucidus, white breasted cormorant)
  • Balbuzard pêcheur (pandion haliaetus, osprey, cf. photos ci-dessus et en bas de notule)
  • Phalarope à bec large (Phalaropus fulicarius, Grey Phalarope)
  • Labbe pomarin (Stercorarius pomarinus, Pomarine Skua)
  • Labbe parasite (Stercorarius parasiticus, Arctic Skua)
  • Labbe à longue queue (Stercorarius longicaudus, Long-tailed Skua)
  • Grand(s) labbe(s)  sp. (Catharacta sp. dont stercorarius skua, Great Skua / Brown Skua)
  • Labbe de Mac Cormick (Stercorarius maccormicki, South Polar Skua)
  • Mouette mélanocéphale (Larus melanocephalus, Mediterranean Gull)
  • Mouette à tête grise (Larus cirrocephalus, Grey-headed Gull)
  • Mouette rieuse (Larus ridibundus, Black-headed Gull)
  • Goéland railleur (Larus genei, Slender-billed Gull)
  • Goéland d'Audouin (Larus audouinii, Audouin's Gull)
  • Goéland brun (Larus fuscus graellsii [Europe occ.. et Islande] /intermedius [Scandinavie], Lesser Black-backed Gull)
  • Goéland dominicain (Larus dominicanus, Kelp Gull)
  • Goéland leucophée (Larus michahellis, Yellow-legged Gull)
  • Mouette de Sabine (Larus sabini, Sabine's Gull)
  • Sterne hansel (Sterna nilotica, Gull-billed Tern)
  • Sterne caspienne (Sterna caspia, Caspian Tern)
  • Sterne royale (d'Afrique, Sterna maxima albididorsalis, African Royal Tern)
  • Sterne voyageuse (Sterna bengalensis emigrata, Lesser Crested Tern)
  • Sterne caugek (Sterna sandvicensis, Sandwich Tern)
  • Sterne de Dougall (Sterna dougallii, Roseate Tern)
  • Sterne pierregarin (Sterna hirundo, Common Tern)
  • Sterne arctique (Sterna paradisaea, Arctic Tern)
  • Sterne bridée (Sterna anaethetus, Bridled Tern)
  • Sterne naine (Sterna albifrons, Little Tern)
  • Guifette noire (Chlidonias niger, Black Tern)
  • Guifette leucoptère (Chlidonias leucopterus, White-winged Black Tern)
Rarissimes, accidentels et/ou erratiques:
Fulmar boréal / Fou du Cap / Pétrel gongon / Océanite frégate / Frégate superbe / Phalarope à bec étroit / Mouette de Franklin / Mouette tridactyle / Mouette pygmée / Mouette atricille / Sterne fuligineuse / Guifette moustac / Guillemot à miroir /

Autres:
Grand dauphin (cf. en haut de notule) / Dauphin à bec étroit / Dauphin bleu et blanc / Globicéphale tropical / Tortue caouanne (?) 
 
 
Sur les corniches, falaises et  îlots de la péninsule dakaroise, on observera aisément les immanquables cormorans des deux espèces, des hérons cendrés et des aigrettes des récifs, les corbeaux pies, les bergeronnettes et des moineaux domestiques sédentarisés venus par bateau d'Afrique du Sud au début des années 70' du siècle passé. Des limicoles hivernants, on aura une préférence pour le tournepierre à collier (arenaria interpres) et l'huîtrier-pie (haematopus ostralegus), moins fréquents ailleurs sur le littoral sableux du Sénégal. Chez les rapaces, à part les milans (milvus migrans et milvus parasitus) toujours plus nombreux et quelques vautours charognards (necrosyrtes monachus) de moins en moins communs, ce sont les balbuzards pêcheurs (pandion haliaetus) et les faucons pèlerins (falco peregrinus) qui feront le bonheur des ornithos citadins. Les premiers sont visibles partout le long des corniches, et même en pleine ville, survolant parfois à faible altitude des lieux aussi terribles que l'autoroute et les VDN, ou les embouteillages monoxydés du Plateau. A partir de la mi-février, lorsqu'ils amorcent leur lent retour vers l'Europe, pour se regrouper sur la Grande Côte avant de traverser le Sahara, les balbuzards pêcheurs (cf. photos en haut et en bas de notule) sont particulièrement nombreux à vagabonder au-dessus de la péninsule urbanisée, en vol sud-nord nonchalant - ce matin du 20 février, pas moins de sept individus croisant au-dessus de la petite baie du Calao ! Quant aux seconds, s'ils utilisent ainsi que le font les balbus les îles du large comme reposoirs (notamment les rochers de la Madeleine), on peut aussi les rechercher sur les antennes relais de la grand'ville ou, chaque hiver depuis des années sur les 'corniches' de l'hôtel Diarama de N'Gor (Lire ICI sur Senegalwildlife) ! Bon vent !
 
Ci-dessous: 2015 02 20 matin, balbuzards pêcheurs et milans poursuivants autour de la baie du Calao, Dakar-N'Gor
/ © Photos par Frédéric Bacuez
 

mercredi 18 février 2015

Au large: confirmation d'un braconnage ciblé des fous de Bassan par la marée chinoise



" Le fou de Bassan modère soudain sa vitesse, ferme à moitié ses ailes, se laisse tomber, tête première, comme une flèche, à la verticale.
Ne ferme ses ailes qu'au moment de toucher l'eau, faisant gicler dans l'air un nuage d'écume.
L'ai si souvent contemplé, cet oiseau superbe. Le retrouver intact et bien dessiné.
Il suffit d'une image trop précise pour que le reste suive, se réveille, recolle des morceaux, se remette à exister,
tout un pays vivant, repêché au fond des eaux obscures (...) "
- Anne Hébert (Canada), Les fous de Bassan

En haut: fous de Bassan (sula bassana) en plongée / Photo DR
Ci-dessus: les rares images disponibles présentant la cargaison chinoise de Poly Hondone pelagic Fisheries avec ses milliers de fous de Bassan empaquetés et congelés en fond de cale
/ Courtesy photos Mauriweb-info & Cridem.org 2013 04 11



* Eaux territoriales (ZEE) de la Mauritanie et du Sénégal -

Préambule:
depuis que Cridem.org (Mauritanie) et Ornithondar (Sénégal) ont, les premiers il y a deux ans (Lire ICI sur Ornithondar), fait état d'un 'braconnage' massif d'oiseaux marins par la marée chinoise au large de la Mauritanie, la presse internationale et les revues spécialisées évoquent de plus en plus régulièrement le pillage par les armadas européennes, sud-américaines et asiatiques des ressources halieutiques ouest-africaines - du Maroc à la Sierra Leone. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est le parallèle fait entre les pillages terrestres qui font le bonheur du capitalisme libéral forcené, bien documentés, et ce nouvel écocide marin jusqu'alors réduit à la seule (sur)pêche: des profondeurs abyssales à l'écume des vagues déferlantes, tout ce qui peut faire de l'argent est désormais exploité - et surexploité sans vergogne dans un déchaînement de rivalités, de compétition et de coups fourrés entre potentats maritimes prêts à tout pour faire main basse sur le pactole (poissons, minerais, pétrole, sable, vent etc.)... Après les cétacés, les requins et les raies massacrés jusqu'au dernier, voilà que le monde stupéfait apprend, peu à peu, qu'à leur tour les oiseaux de mer hivernant dans les eaux froides et jusqu'alors poissonneuses de l'Atlantique oriental sont devenus les victimes de la cupidité sans limite des Hommes. Reprenant aux enfants des rivages sénégalais la technique 'artisanale' de 'pêche' au lancer hameçonné des sternes et des cormorans, les Chinois ont fait d'un passe-temps juvénile une industrie performante qui ne fait plus de quartier et 'pêche l'oiseau' de mer en grand, en nombre - pas dix en une journée mais des dizaines de milliers ! Derniers en date d'une longue série d'écrits alarmistes, ceux de Thomas Krumenacker (Lire in Der Falke, Allemagne 2014 07) et de Bénédicte Martin imputent la baisse des effectifs d'oiseaux marins hivernant au large de nos côtes au spectaculaire crash des 'stocks' de poissons - et, tiens tiens, à la 'pêche' aux dits oiseaux par les flottilles chinoises (Lire Les oiseaux marins migrateurs victimes du pillage des ressources marines de l’Afrique de l’Ouest, sur Ornithomedia, France 2015 02 6) !
Récapitulatif des faits: au début de l'année 2013 dans le port de Nouadhibou (péninsule du Cap Blanc), des garde-côtes mauritaniens perquisitionnent les cales d'un bateau de pêche appartenant à la très controversée compagnie chinoise Poly Hondone pelagic Fisheries; les fins limiers y découvrent une importante cargaison d'oiseaux déplumés, conditionnés, empaquetés et frigorifiés (cf. photos ci-dessus). Les cartons étiquetés étaient censés contenir des courbines (argyrosomus regius), un poisson très prisé par les chalutiers étrangers dans cette partie de l'Atlantique. Les confidences d'enquêteurs zélés et brièvement bavards révèlent à un journaliste de la place que ces oiseaux sont des fous de Bassan (morus bassanus/sula bassananorthern gannet, cf. ci-après) et qu'au vu des 21 containers dénombrés sur le navire - seule une huitaine a été inspectée, avec plus de 10 000 oiseaux comptabilisés- il y aurait plusieurs dizaines de milliers de volatiles embarqués: par extrapolation, le chiffre époustouflant de 92 à 95 000 oiseaux congelés est même avancé ! (voir chronologie des faits rapportés en bas de notule*)

Des dizaines de milliers de fous de Bassan congelés en fond de cale

En août 2013Ornithondar reprenait les informations et photographies publiées par Mauriweb-info (Mauritanie) faisant état, au large des côtes mauritaniennes, d'une 'pêche' massive et ciblée aux fous de Bassan, le plus grand oiseau marin du Paléarctique occidental dont les juvéniles de 1ère et 2e années hivernent dans les eaux marocaines, mauritaniennes et sénégalaises (Lire ICI sur Migraction.net et cf. ci-après). Ces informations non recoupées mais pour le moins extra-ordinaires disparurent assez vite du web avant que d'être reprises, plus tard, par Cridem.org (Mauritanie), un média francophone en ligne généralement bien informé. Ce scoop, s'il en était un, faisait suite aux informations parvenues aux oreilles du voisin sénégalais Ornithondar, faisant cas d'échouages de fous de Bassan, encore, sur les plages du Diawling et de la Grande Côte sénégalaise. Les grands voiliers ne semblaient porter aucune trace de pollution, de prédation animale ou de blessure quelconque. En revanche, il s'agissait d'oiseaux juvéniles et immatures, pas spécifiquement malingres. L'écologue Wim C. Mullié me contactait le 5 août 2013 pour évoquer avec moi cette singulière hécatombe, mais hélas je n'en savais guère plus, et sans doute moins que lui... et je n'avais pu glaner qu'une seule photographie d'un individu mort trouvé près de N'Diago par 'Le Lodge du Maure Bleu'. Wim Mullié me confiait qu'il tenterait, à l'automne 2013, d'élucider ces échouages dans le cadre d'une expertise sur l'impact environnemental des plates-formes de recherche pétrolière installées à quelques encablures du littoral sénégalo-mauritanien. De son coté, Greenpeace documentait en 2012 la présence de plusieurs navires usines dans les eaux ouest-africaines, notamment mauritaniennes (les "bateaux monstres", Lire ICI sur Greenpeace.org, 2014 11 20); à  vingt mille nautiques du littoral, l'organisation écologique photographiait aussi quelques fous de Bassan porteurs de bouts de filets (cf. photos ci-dessous), pour illustrer la seule chose que l'on savait alors: les oiseaux pélagiques plongeurs pouvaient accidentellement se prendre dans les mailles des filets traînants, et s'y noyer. Ornithondar fit paraître une notule (Lire ICI sur Ornithondar, 2013 08 19). Et puis c'est tout. Les abîmes océaniques retournaient au silence, les politiques mauresques firent probablement le reste. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, pour un progrès durable et dans le respect des intérêts communs sino-mauritaniens, patati et patata. De grosses pelletées de sable dans les yeux. Secrets d'alcôve. Rideau.


2012 02 26-28 à vingt mille nautiques des côtes mauritaniennes...
Fous de Bassan (sula bassana) aux prises avec des lambeaux de filets dérivants
/ Courtesy photos pour Greenpeace par Pierre Gleizes, lauréat de la Photographie de l'Année 2013 (France, voir ICI)

Le 23 mars 2014, le journaliste et photographe naturaliste allemand Thomas Krumenacker me contacte à son tour, m'annonçant qu'il prépare un article sur l'affaire pour une revue allemande d'ornithologie, Der Falke [parution en 2014 07, ndlr.]; tout en m'avouant qu'il avait quelques difficultés à étoffer son enquête et surtout à remonter le fil des informations vers la/les source(s) mauritanienne(s). Néanmoins persuadé, comme Ornithondar, que cette histoire de pêche aux oiseaux de mer ne pouvait être une tromperie, et probablement pas un 'accident', le faisceau des suspicions envers ce braconnage très chinois ayant été déjà alimenté ailleurs dans les mers du globe, authentifié et documenté au large de l'Argentine.

Poly Hondone pelagic Fisheries, un privilège très opaque

L'affaire mauritanienne, elle, est expressément mise sous le boisseau. Les investigateurs sont invités à faire motus et bouche cousue ou pratiquer les fioritures de la langue de bois, les autorités intervenant discrètement pour que tout ébruitement du scandale ne devienne préjudiciable aux excellentes relations entre le régime mauritanien du général Mohamed Ould Abdel Aziz et la compagnie chinoise prise (incidemment ?) la main dans le sac... Car Poly Hondone pelagic Fisheries est particulièrement choyée par les autorités de Nouakchott: elle détient depuis 2010 des droits de pêche pour 25 années dans les eaux mauritaniennes, assortis de promesses d'investissements en équipements de transformation du poisson, quand toute autre société ne bénéficie de concession que de trois à cinq ans ! Ce privilège unique en Afrique en agace plus d'un, en Europe mais aussi en Mauritanie. Poly Hondone pelagic Fisheries n'a pas que des amis, combien seraient-ils placés au plus haut sommet de l'Etat mauritanien. Même si le monde de la mer est essentiellement fait de silence(s), tout se voit, tout se sait, au large comme sur les quais de débarquements et de transbordements.

Poly Hondone pelagic Fisheries est une filiale de la puissante China Poly Group Corporation elle-même membre très active de la China Overseas Fishing Association (COFA) créée en mai 2012 et dirigée par le vice-ministre de l'Agriculture de Beijing. Bien implantées en Afrique de l'ouest, du Maroc au Gabon, Poly Hondone et deux autres pêcheries s'arrogent l'essentiel des facilités et des accords océaniques:

  • la China National Fisheries Corporation (CNFC, étatique) possède la flotte permanente la plus importante de notre région - une douzaine de navires- ainsi que des unités de transformation des prises en Mauritanie, au Sénégal et dans les îles Canaries (Espagne); elle bénéficie de nombreuses autorisations de pêche et opère très souvent via des joint-ventures ou en... ombre chinoise de filiales locales; c'est ainsi qu'elle est particulièrement bien implantée au... Sénégal, où elle fait un peu la pluie et le beau temps derrière le paravent de 'Sénégal pêche', un prête-nom aussi fadasse qu'est très persuasive la CNFC jusque y compris au sein même de l'Etat sénégalais. Le double langage y est parfaitement huilé; les lobbyistes n'y semblent jamais à court d'idées pour favoriser l'emprise de la CNFC sur les ressources halieutiques du pays.
  • la China Fishery Group (CFG, filiale de la multinationale Pacific Andes) est la plus connue et la plus puissante des pêcheries chinoises, bien que la plus récemment installée sur les côtes d'Afrique de l'ouest, où elle a démarré ses activités en 2010, en... Mauritanie. Ce que ne dit Pacific Andes en passant du Pacifique à l'Atlantique, c'est qu'elle a été expulsée du Chili, après avoir établi sa notoriété et sa richesse en écumant les eaux péruviennes. Pacific Andes installe donc sa filiale à Nouadhibou, avec armes et bagages, chalutiers géants et navires-transformateurs: de la partie aussi, le (trop) fameux 'La Fayette' (sic !), ancien pétrolier russe devenu le plus long navire-usine au monde - 224 mètres et 300 000 tonnes de stockage... Spécialiste du 'petit pélagique', la multinationale est le leader mondial de la viande et de l'huile de poisson. Il semblerait que ses pêches mauritaniennes (et bientôt sénégalaises) alimentent à elles-seules l'ensemble du marché ouest-africain non artisanal du poisson !
  • la China Poly Group Corporation (CPGC) est la compagnie maîtresse de la filiale sino-mauritanienne Poly Hondone pelagic Fisheries mise en cause dans l'affaire des fous de Bassan. En juin 2010, les "samsar" de Nouakchott concèdent à l'entreprise chinoise non seulement un bail de 25 années de pêche dans les eaux territoriales mauritaniennes mais aussi 60 000 m2 de terrains dans le port de Nouadhibou. Le protocole d'accord du 7 juin 2010 (Lire ICI) reste néanmoins peu précis et dresse le catalogue ahurissant d'engagements sans échéancier précis ni cahier des charges rigoureux. A la vérité il s'agit d'un authentique blanc-seing pour un pillage sans frein ni borne de la Zone (maritime) économique exclusive (ZEE) du pays ! Des licences sont accordées pour quasiment tous les types de pêche: au chalutage profond, au chalutage de ramassage par paire de bateaux, à la senne, à la palangre, aux casiers et aux filets côtiers, et même à la pêche artisanale ! - étrange pour une flottille armée de vaisseaux relativement sophistiqués... Il est stipulé, en ce qui concerne la pêche artisanale, que des instructeurs (jusqu'à cinq par embarcation mauritanienne !) formeront à bord leurs homologues locaux: tout le monde sait que les pêcheurs mauritaniens, qui ne sont pas des Maures mais des Imraguens ou des nationaux d'origine... sénégalaise (entre autres) sont connus pour être des novices qui n'y connaissent pas grand chose, hein ! Ils ont donc besoin du savoir-faire d'un grand frère asiatique - 'plutôt que lui donner du poisson, apprenez-lui à pêcher', on connaît l'antienne... chinoise... C'est d'ailleurs pour cela que les marins-pêcheurs bretons (autres bras-cassés des océans) recrutent au Sénégal pour équiper en saison leurs chalutiers, faute de main d'oeuvre qualifiée en France... Mieux, à l'article 6 de ce que nous pouvons appeler un 'torchon' (et qui n'engage que les crédules), il est expliqué que Poly Hondone pelagic Fisheries pourra pratiquer la pêche expérimentale dans la Zone économique exclusive (ZEE) mais à l'évidence bien peu souveraine du pays, "en étroite collaboration avec l'Institut mauritanien chargé de la recherche" (sic, voir ci-après). De quelle recherche s'agit-il ? De qui parle-t-on ? De l'IMROP, Institut mauritanien de la recherche océanographique et des pêches ? Cet IMROP que bien peu de personnes connaissent (y compris, jusqu'à peu, notre ami Thomas Krumenacker !), organisme cloisonné comme une agence top secrète, alimentée par la Coopération allemande (GIZ), animée et dirigée par un Français (même si des tas de docteurs et autres sommités 'organiques' de Nouakchott y participent du trombinoscope) ? Bizarre comme c'est bizarre... Il y aurait donc une entreprise en charge de pratiquer une pêche intensive dans les eaux mauritaniennes qui pourrait travailler de concert avec un institut dont le travail n'est en rien productiviste et commerçant mais purement scientifique ? Une pêcherie industrielle ferait dans les eaux territoriales mauritaniennes ce que les baleiniers japonais tentent de faire croire (en vain) à l'opinion publique avec leurs expéditions punitives dans les mers de l'hémisphère austral: de la pêche scientifique ?! Allons bon ! Plaisanterie de bien mauvais goût qui, hélas, a sans doute parfaitement fonctionné jusqu'au scandale de la pêche aux oiseaux de mer. Une pêche évidemment "scientifique", "expérimentale" à souhait, en "étroite collaboration" avec les experts de l'IMROP, évidemment.... Kolossal foutage de gueule (Lire aussi ICI sur Greenpeace Afrique, 2011 06 22).


Les hommes du président

Très difficile d'avoir des informations dès qu'on aborde l'actualité océanique - partout... Même les organismes censés faire de la science ou de la veille environnementale verrouillent leurs activités. Pas ou peu de passerelles entre l'opinion publique (et donc les médias) et les Instituts de recherche océanographique, qu'ils soient mauritaniens (IMROP), sénégaulois (IRD) ou pur jus français (IFREMER). On verrouille. On verrouille car il s'agit de domaine éminemment stratégique, tel est in fine l'argutie suprême, imparable, qui prévaut contre toutes les curiosités, malsaines et malveillantes, bien entendu. C'est que, comme de la recherche et de l'exploitation minière sur terre, les ressources halieutiques et tout ce qui touche à l'océan et à ses fonds sont chasses-gardées des politiques. Au nord comme au sud. Les quelques gesticulations pour le coup très médiatisées, avec exhibitions de commandos et coups de sang ministériels, sont souvent de l'agit prop sans autre visée que protéger des acteurs de l'ombre particulièrement généreux quand il le faut pour anéantir la concurrence... Avec le tapage médiatico-politique qui a entouré l'affaire des navires-usines russes pilleurs des mers sénégalaises, aux lendemains de la formation du premier gouvernement du président Macky Sall, on allait voir ce qu'on allait voir ! Tout allait changer ! Finies l'opacité et la corruption, tout le monde d'un seul homme se mettait derrière le brave pêcheur artisanal sénégalais dont 'on' voulait la ruine. En réalité, ce petit et grand monde-là n'est qu'un panier de crabes qui se tiennent tous par la pince. Un joli ban(c) et arrière ban d'hypocrites: comme si les six-cent mille 'artisans' du cru ne pillaient pas aussi leurs eaux et ne pactisaient pas avec les navires-usines, en rade nocturne au seuil des eaux territoriales pour se faire apporter la marchandise, mieux rétribuée au large qu'à la criée de Ndar ou de Soumbedioune... A croire que jamais personne n'a observé, depuis la côte, les petits manèges très noctambules de toutes ces petites lumières qui vont et viennent, au large, et convergent vers les grandes lumières...


Au large de la Langue de Barbarie, dans les eaux du Sénégal...
/ Courtesy photo par Eddy Graëff pour Ornithondar











Le King Dory alias "le boa des océans",
actuellement - mars 2015 !- dans les eaux territoriales mauritaniennes / Photo DR









En Mauritanie, immense territoire faiblement peuplé (1 030 700 km2 - 11e pays le plus vaste d'Afrique, 29e rang mondial-, 4 millions d'habitants - 3 habitants au km2 !), les affaires stratégiques sont aux mains d'un tout petit cercle d'affidés et souvent parentés du général-président Ould Abdel Aziz. Plus que sous tout autre 'régime', l'économie nationale est phagocytée par un clan qui brade à tout va - et s'en met plein les poches: les terres de la vallée du fleuve Sénégal à l'Arabie Saoudite; les minerais au plus offrant; les hydrocarbures au tout venant; les outardes aux princes émiratis, les autruches sud-africaines pour les ranchs privatifs du raïs, et le pied-à-terre kitsch comme il se doit un peu partout dans le pays - celui juché sur sa dune généralissime, du coté de Biret, est bien visible depuis le fleuve et les berges sénégalaises du bas-delta... Quant aux "ressources halieutiques", ce sera pour les amis Chinois qui savent partager avec leurs frères et protecteurs mauritaniens: on pense d'abord à la joint-venture des Poly Hondone pelagic Fisheries, encore et toujours, des partenaires efficaces, "sérieux" (Lire ICI), et compréhensifs comme Nouakchott les aime - et qui, du coup, renvoient au large leurs prédécesseurs européens bien trop regardant à la dépense ou aux faveurs, mettant sur le carreau près de 3000 marins locaux (Lire ICI) !

Depuis les scandales du "protocole d'accord" entre Poly Hondone pelagic Fisheries et l'état mauritanien puis de l'effroyable "pêche aux fous de Bassan" par la même et très "sérieuse" compagnie sus-citée, il ne se passe plus de semaine sans qu'un média ou une association ne demande des comptes aux autorités compétentes de Nouakchott. En guise de réponses aux empêcheurs de brader en rond: ou le silence - sur les fous !, ou la dénégation la plus grossière - sur les accointances sino-mauritaniennes... Tantôt cette presse est à la solde de l'opposition politique du pays, tantôt les ONG (Transparentsea, Sherpa, Sea Shepherd, Greenpeace etc.) sont accusées de rouler pour les pêcheries européennes évincées de leur terrain de pêche préféré... Derniers avatars du feuilleton - cinq ans après la signature "transparente" d'un partenariat "pertinent": le tout-puissant Ministre de la pêche et de l'économie maritime, Nany Ould Chrough monte au créneau pour... ne rien dire (Lire ICI sur Cridem.org, 2015 01 11) tandis que le président Ould Abdel Aziz himself tente à l'aube de l'année d'amadouer un trop-plein de monde en colère (marins-pêcheurs mauritaniens, classe politique, environnementalistes et organisations internationales) en réitérant son attachement à la "transparence" (sic), à la défense des intérêts du "peuple mauritanien", à la gestion rigoureuse et "durable" des richesses du pays, minières et halieutiques... On y croit ! Pas de chance pour le Mujica* de Nouakchott: en ce début de mars l'un des pires vaisseaux pillards de ces "ressources halieutiques" tant aimées, le tristement nommé King Dory alias "boa des océans" (cf. photo ci-dessus) est signalé dans les eaux souveraines de la même Mauritanie (Lire ICI sur Cridem.org, 2015 03 3). Une probable visite  de courtoisie qui nous apprend que le navire immatriculé aux îles Saint-Vincent-et-les-Grenadines est aussi un lien d'amitié entre son 'patron', la double société Inok NV, Belgium/Urais Energy, Russia - pourquoi faire simple quand on peut et doit faire compliqué !-  et "l'ancien délégué [mauritanien, ndlr.] à la surveillance des pêches et au contrôle en mer (Dspcm), Cheikh Ould Baya, présentement conseiller technique du ministre des pêches": du beau linge obnubilé par la sauvegarde (pour les générations futures, évidemment) d'un joyau qui n'a pas de prix, "notre mer profonde"... et ses fonds...
* ex président de l'Uruguay reconnu comme le "président le plus pauvre au monde" - de gré !

Qu'à cela ne tienne ! Poly Hondone pelagic Fisheries a fait - et ferait peut-être encore, entre autres- dans la marée d'oiseaux de mer ! Au fait, qu'est donc devenue la cargaison incriminée ? Où se trouve le procès-verbal de l'infraction ? A t-on laissé le bateau partir avec ladite cargaison ? Vers quelle destination ? S'agit-il d'un braconnage exceptionnel ? Mais pourquoi alors des milliers de cadavres consciencieusement alignés et rangés au frais ? Et quel type de demande pour une offre aussi conséquente ?
Ornithondar a la conviction que la cargaison incriminée s'inscri(vai)t dans une campagne de pêche délibérée et organisée dans le temps. Nous savons que de conséquents échouages d'oiseaux de mer, exclusivement des fous de Bassan, ont été rapportés du littoral méridional du Maroc (un site) et du Sahara atlantique (au moins deux sites) ainsi que de plusieurs endroits de la côte mauritanienne et sénégalaise [Wim Mullié]. Tous ces échouages ont été constatés entre octobre et novembre 2012, c'est à dire quand les jeunes fous sont progressivement en train de migrer du nord européen vers l'ouest africain. Début octobre, ils sont des centaines de milliers au large du Maroc, puis en fin octobre et novembre ils stationnent pour trois à quatre mois au large du Sahara, essentiellement de Tarfaya (Maroc) à Saint-Louis (Sénégal) - entre 325 000 et 400 000 individus !- mais aussi au large de la péninsule du Cap Vert (Dakar). Nous sommes persuadés que les dizaines d'oiseaux échoués de première et deuxième années, en pleine force et hivernant dans des mers riches, ne sont morts ni d'épuisement ni de pollution accidentelle: dans le cas d'une pollution ou d'une disette alimentaire, il y aurait eu d'autres espèces d'oiseaux marins qui, comme les fous de Bassan, hivernent et se nourrissent en grand nombre dans les eaux ouest-africaines (phalaropes, océanites, pétrels, puffins, labbes). Les fous de Bassan ont donc été spécifiquement ciblés par un phénomène qui a bien pris en compte leur biologie, en l'occurrence leur technique de... pêche.

IMROP, BGP, FIBA et les pêcheurs en eaux troubles

Le plus étonnant, dans ces scandales, c'est que la Mauritanie ne manque pas de structures de veille et de recherche environnementales: pas moins de trois grosses 'boites' ont pignon sur rue et sur... la façade maritime du 'grand désert ouvert sur l'océan': l'Institut Mauritanien des Recherches Océanographiques et des Pêches (IMROP, voir ICI); le programme Biodiversité Gaz Pétrole (BGP, voir ICI); et la Fondation Internationale du Banc d'Arguin (FIBA, voir ICI). Aucune de ces entités ne pâtit d'un déficit de compétence(s) et, on l'espère, d'autorité pour (au moins) se prononcer sur la politique mauritanienne quant à la gestion et à l'exploitation des 'ressources marines' du pays. Hélas: jamais, nulle part (cherchez, vous ne trouverez pas !) nos savants, nos experts patentés et autres défenseurs du patrimoine mauritanien, nationaux ou étrangers, n'ont d'avis sur les questions qui pourraient fâcher et, peut-être, (re)mettre en cause les 'décisions' voire les errements marins de quelques politiciens puissants du pays. Jamais. Quand éclate un 'scandale' susceptible de titiller l'intelligence de nos experts, rien: silence abyssal; on fait comme si de rien n'était. Les colloques, les brochures, les plaquettes vantant le monde merveilleux de l'océan mauritanien redoublent d'enthousiasmes ! La marche 'naturelle' et quasi mécanique vers un monde meilleur déroule son tapis de positivisme hébété: tout va bien dans le meilleur des mondes tandis que les 'monstres' des mers écument la zone plus que jamais, tandis que de mauvaises âmes s'inquiètent de l'avenir même du parc national du Banc d'Arguin (PNBA), un patrimoine mondial (UNESCO) menacé de toutes parts, tandis que les cadavres d'oiseaux, de tortues et de cétacés se ramassent à la pelle sur le littoral, tandis qu'une poignée de "samsar" profite de ces paravents bien utiles pour négocier, vendre et s'enrichir comme jamais aussi peu de bien-placés ne se sont enrichis dans le pays. La machine est parfaitement huilée, même Greenpeace se laisse duper par la ritournelle des discours et des promesses qui n'engagent que ceux qui y croient: dans la foulée des soudaines préoccupations du président Ould Abdel Aziz pour les fragilités halieutiques de son pays, Bakary Coulibaly, chargé de la communication - Campagne Océans- à Greenpeace Afrique, nous gratifie sans réserve et sans attendre un début de concrétisation de la parole d'or du président d'un dithyrambique et griotique "Bravo Monsieur le Président, vous avez montré la voie à suivre!!!" (Lire ICI sur Greenpeace Afrique, 2015 01 26)... Ah bon !? Et quelle voie - on aimerait aussi participer de toutes ces béatitudes !

Sources:
Transparentsea.co/
Accord de pêche Mauritanie – Chine: Le cri d’alarme de la société civile auprès de l’UE et du gouvernement Mauritanien, in Sherpa 2014 04 17




2013 04 11, in Mauriweb-info, hors-ligne
repris in extenso par Africatime.com/ puis par CRIDEM (Mauritanie)
2013 08 18, in Ornithondar (France/Sénégal)
2014 06 26, in Nabu.de (Allemagne)
2014 07, in Der Falke, par Thomas Krumenacker [Facebook] (Allemagne)
2014 07 7, in Sueddeutsche.de (Allemagne)
2014 07 21, in Ornithomedia (France)
repris le 2014 07 22 par CRIDEM puis Adrar-info.net/ (Mauritanie)
2014 07 22, in Mauriweb.info (Mauritanie)
2015 02 6, in Ornithomedia (France)
2014 02 18, in Ornithondar (France/Sénégal)

Ci-contre: fous de Bassan en train de pêcher / Photo DR

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