" Quand y aura-t-il des observateurs qui nous rendront compte de ce que font nos hirondelles au Sénégal et nos cailles en Barbarie ? "
- Comte de Buffon (France), 1737
" Avoir vu un éléphant n'est pas une question d'âge mais une question d'avoir parcouru la brousse "
- Roger Bila Kaboré (Burkina Faso)

jeudi 8 juin 2017

8, Medina Marmiyal, Darou: miasmes, Prinias et Cisticoles - et d'une Rousserolle

Le Bou el Mogdad et l'île patrimoniale, depuis la corniche de Darou avec ses Sternes hansels
2017 06 8, 9h28 / © Photo par Frédéric Bacuez

* Saint-Louis-du-Sénégal (partie continentale).
Corniche de Darou, marigot de Marmiyal et mangrove de Roup -

MATIN, 8h30-11h-
A pied. Avec Abdoulaye S.
Temps: 24°-31°, ensoleillé. La moiteur et les miasmes, tout le Ndar de Pierre Loti...
Ci-contre: corniche de Sor et île-nord 2017 06 8, 10h17 / © Photo par Frédéric Bacuez


Il y a quelques semaines, notre 'collègue' du nord j'entends de Mauritanie, Robert Tovey, avait fait un crochet par Saint-Louis-du-Sénégal. En toqué d'ornithologie et malgré le manque de temps, notre voisin ne nous avait pas laissé dans nos miasmes-à-nous sans avoir retiré de son bref week-end ndar ndar quelques coches pour la rédaction d'une notule ornithologique, sur son blogue de Nouakchott, d'ordinaire dédié à l'avifaune de son pays hôte. Ne pouvant sortir de la cité patrimoniale, Robert s'était contenté d'une balade pédestre en lisière du bolong qui fait la jonction entre le fleuve Sénégal et le marigot de Khor via la mangrove de Roup, la plus vaste d'un seul tenant dans le delta. Cela reste en ville, si tant est qu'on peut appeler cette périphérie, un cloaque, un quartier de la cité. Pour ce faire, il avait pris la digue dite de la corniche de Darou, qui longe le marigot/bolong de Medina-Marmiyal, aux berges et herbiers bien dégueulassés comme il se doit. Itinéraire non bucolique qu'Ornithondar s'est enfin décidé à emprunter, ce matin, une décennie après y avoir fait ses premières observations locales - deux années durant à Sor à me coltiner un propriétaire véreux, les ânonnements juvéniles chez le voisin, et partout la tyrannie des haut-parleurs... Le fameux art de vivre saint-louisien.

Ci-dessous:
corniches de Darou/Medina Marmiyal et de Sor, 
une balade ornitho au milieu des immondices...
2017 06 8 / © Avec Google Earth


Birding for a Reed Warbler and a Prinia

"I found that the mangroves were teeming with passerines. I identified two species which were probably representative of the large majority of birds there. These were African reed Warbler and Tawny-flanked Prinia. They were several prinia nests scattered around too."
- Robert Tovey, in Saint-Louis, Senegal, 2017 05 5

Il y a cependant une observation qui me chiffonne un peu, dans le compte-rendu de sa promenade, chez Robert: les Rousserolles africaines (Acrocephalus baeticatus guiersi, West african Reed Warbler), je le dis d'emblée, je pense qu'il y a erreur d'identification, un trop plein d'enthousiasme pour notre Teranga, on serait confronté aux mêmes chausse-trappes sous les latitudes sahariennes de notre visiteur ! Certes, le passereau est incontestablement un must à découvrir, ici, il fait partie des quelques attractions locales que tout naturaliste explorant ce delta relativement limité en espèces passionnantes se doit de cocher, et ces espèces et sous-espèces sont loin d'être aisées à identifier avec certitude... Le Prinia aquatique en plus du Prinia modeste, la Cisticole roussâtre du Nil en sus de la Cisticole des joncs du Nigeria, la Rousserolle des cannes outre la Rousserolle turdoïde, et la Rousserolle africaine autrement que la Rousserolle effarvatte !

  • Les Rousserolles de Robert pourraient bien être, en fait, des Rousserolles effarvattes (Acrocephalus s. scirpaceus, eurasian reed Warbler) en stationnement migratoire prénuptial. La migration printanière de cette espèce est de plus en plus fournie dès qu'on approche de la fin du passage ! Début mai, c'est le cas extrême, en général c'est en avril que les effectifs sont ici les plus importants, visibles et auditifs. Et chaque année les Rousserolles effarvattes nous font le coup: aucune ou incidemment en hiver, peu au flux d'automne, et de plus en plus en avril et puis soudain, plus rien, du jour au lendemain. Cette présence début mai n'est pas exceptionnelle, elle pourrait s'expliquer: un vif retour d'hiver a eu lieu au printemps dans toute l'Europe du nord et centrale; de nombreuses espèces, limicoles et passereaux ont prolongé leur séjour tropical, les observations hors saison (les fameux retardataires !) faites ces dernières semaines tant dans le sud que dans le nord du Sénégal l'attestent. Ah oui: pour nous (Ornithondar) en cette matinée du 8 Juin, pas plus de Rousserolle effarvatte que de Rousserolle africaine, sur les bords du Marmiyal ! Autant de Rousserolles africaines, un 5 mai (Birdingforalark) de surcroît ici en milieu péri-urbain dominé par la mangrove, j'en doute fortement, en tout cas. "Passée inaperçu jusque 1960" (in Morel & Roux 1962), cette Rousserolle a été découverte tardivement dans les roselières, dans lesquelles elle est trouvée nidifier en juin, de la région de Richard-Toll et autour du lac de Guier (sous-espèce guiersiin Colston & Morel 1984), même site géographique que la Rousserolle des cannes (sous-espèce senegalensis, in Colston & Morel 1985), autrement plus grande. Cette dernière néanmoins, nous l'avons trouvée, comme Bram Piot notre 'collègue' du sud, bien plus répandue et systématique dès qu'il y a des massifs de roseaux et tout particulièrement de Typha sp.. La colonisation par le roseau invasif de la presque totalité de la basse vallée a sans doute favorisé l'expansion vers l'aval de cette Rousserolle très bavarde, au chant reconnaissable entre tous. En revanche, beaucoup moins fréquente, en tout cas nettement moins vue et entendue, la Rousserolle africaine demeure autrement plus discrète dans le bas-delta, dont elle est peut-être même absente de nombreux sites - cela mériterait approfondissement. Il est particulièrement hasardeux pour l'observateur, même averti, tant qu'il n'a pas l'oiseau en mains ou s'il n'a pas l'oreille fine, tiens celle d'un Bram encore (!), de différencier in vivo une Rousserolle africaine d'une Rousserolle effarvatte. Il faut avoir un sacré compas dans l’œil pour repérer, l'espace d'une fraction de secondes, la projection primaire plus longue chez l'une de celle plus courte chez l'autre - quelque demi-centimètre, bon courage ! Pour ne pas arranger nos affaires, les deux espèces de Rousserolles, l'africaine comme l'européenne fréquentent exactement le même biotope. En ce qui concerne les trois espèces de Cisticoles de la vallée (on est loin des dizaines d'espèces faisant tourner bourrique sous d'autres latitudes...), là, pas de difficultés majeures - sauf pour notre patrimonial Jean-Marie, hélas, lequel décidément n'est pas très doué. Tiens, étonné que Robert n'ait pas vu, et surtout entendu l'inimitable Cisticole roussâtre du Nil (Cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectusGold Coast winding cisticola), présente à chaque bout du méandre du Marmiyal, y compris au seuil de la rocade goudronnée de Sor, en tout cas à entendre ce matin ses typiques crécelles tonitruantes (de saison)....
  • Même constat que pour Robert Tovey, ce matin: les Prinias modestes (Prinia subflavaTawny-flanked Prinia) sont omniprésents, ici, tout au long du bolong de Medina Marmiyal. Chanteurs perchés et poursuivants prénuptiaux ! En revanche, pas de Prinia aquatique (Prinia fluviatilis), l'espèce phare des paludicoles (afrotropicales) dans la région. Si les deux espèces se retrouvent sur les rives des cours d'eau, marigots, marais et bas-fonds subsahariens, parfois ensemble - c'est le cas au long de la digue-piste de Bango à Mboubeune !-, le Prinia modeste est nettement moins exigeant que l'Aquatique: on peut le trouver à plusieurs dizaines de mètres loin de tout point d'eau, circulant dans les branches basses des Tamaris et des Salicornes, ou dans les herbages même asséchés. La présence quasi exclusive de Palétuviers n'y changera rien. Le Prinia aquatique est autrement plus compliqué: il lui faut de larges étendues d'herbiers inondables bordés de massettes, et de ces mêmes Tamarix senegalensis comme refuge et/ou postes de chants, mais l'environnement se doit de rester vert et humide à l'année; bref, un environnement typiquement marécageux et même fluvial; c'est ainsi que les bords du Djeuss de Bango à Sanar sont the place to be pour observer, dans les meilleures conditions, cette coche indispensable de la vallée !

A lire, à voir:
- le blogue mauritanien de Robert Tovey: Birdingforalark.blogspot.sn/, avec la notule Saint-Louis, Senegal, 2017 05 5
- le blogue Ornithondar:
Rousserolle effarvatte: y voir plus clair dans les sous-espèces, ça ne s'arrange pas, ha ha ha !, 2016 12 19
Prinia modeste - manteau gris et œufs roses de saison, 2016 07 8
Juste pour le fun... Dans le Guardian britannique, on peut même rédiger une notule pédagogique sur le Prinia modeste ! Imaginerait-on insert de la sorte chez les très sérieux Français, dans Le Monde ou Le Figaro ?... Une autre planète...
Mystery bird: Tawny-flanked Prinia, Prinia subflava, in The Guardian 2012 08 14


De saison en habits nuptiaux, 
 les Sternes hansels et les Gardeboeufs d'Afrique...

Ci-dessus:
Sternes hansels en plumage nuptial, à la pêche/à la chasse...
En fond, les horreurs architecturales de Goxumbacc, sur la Langue de Barbarie...
herbiers de Medina Marmiyal 2017 06 8 matin / © Photos par Frédéric Bacuez

 Ci-dessous:
mâle de Martin-pêcheur pie en Saint-Esprit des lieux...
Gardeboeufs d'Afrique en complet veston nuptial, fiers comme Artaban pour la visite aux immondices...
Corniche de Darou, à la confluence du fleuve Sénégal et du marigot de Marmiyal 
2017 06 8, 9h46 & 9h33-35 / © Photos par Frédéric Bacuez

Ci-dessus:
Pélican gris et Grande aigrette sur le fleuve Sénégal 
et au large des quais de l'île patrimoniale, avec le Bou el Mogdad amarré
2017 06 8, 10h12 / © Photo par Frédéric Bacuez


OISEAUX / 26 espèces cochées, 1 sp. entendue
AUTRES / 1 espèce

Vu:
  • Pélican blanc (pelecanus onocrotalusgreat white pelican), quelques ind. au fil de l'eau [au large de Bopp Thior] + 15 ind. en vol [par-dessus le pont Faidherbe] + 1 ind. volant avec un groupe de six Pélicans gris [par-dessus Sor]
  • Pélican gris (pelecanus rufescenspink-backed pelican), 1 ind. [marigot de Marmiyal] + 6 ind. en vol, avec un Pélican blanc [Sor]
  • Cormoran africain (microcarbo a. africanuslong-tailed cormorant), quelques ind., immatures
  • Gardeboeuf d'Afrique (bubulcus i. ibiscattle egret), sur les tas d'ordures - donc en nombre...
  • Aigrette à gorge blanche (egretta g. gulariswestern reef-egret), 3 ind. [marigot de Marmiyal] + 2 ind. se poursuivant [Grand Bras du fleuve au large de Ndar]
  • Aigrette garzette (egretta g. garzettalittle egret)
  • Grande aigrette (ardea alba ssp. melanorhynchoswestern great egret)
  • Héron cendré (ardea c. cinereagrey heron), 1 ind. [marigot de Marmiyal]
  • Milan d'Afrique à bec jaune (Milan parasite, milvus aegyptius ssp. parasitusyellow-billed kite), dont sujets perchés solitairement ici et là sur des palétuviers [mangrove de Roup]
  • Vanneau éperonné (vanellus spinosusspur-winged lapwing), plusieurs ind. - dont deux sujets discourant sur la coque d'une pirogue retournée, au séchage [herbiers de Medina Marmiyal]
  • Sterne caspienne (hydroprogne caspiacaspian tern), 2 ind. en vol [Grand Bras du fleuve au large de Ndar]
  • Sterne hansel (gelochelidon n. niloticagull-billed tern), 15+ ind. [marigot de Marmiyal, corniche de Darou à corniche de Sor]
  • Sterne naine (sternula albifrons ssp. guineaewest african little tern), 1 ind. pêchant au débouché du marigot de Marmiyal dans le fleuve Sénégal
  • Tourterelle maillée (spilopelia/streptopelia s. senegalensislaughing dove)
  • Pigeon roussard (de Guinée, columba guineaspeckled pigeon)
  • Touraco gris (crinifer piscatorwestern grey plantain-eater), 1 ind. en vol [Darou vers mangrove de Roup]
  • Martin-pêcheur pie (ceryle r. rudispied kingfisher), au moins 3 + 2 ind.
  • Guêpier nain (merops p. pusilluslittle bee-eater), plusieurs ind. profitent des très abondants insectes générés par les immondices...
  • Cochevis huppé du Sénégal (galerida cristata ssp. senegallensis, -Senegalcrested lark)
  • Bulbul des jardins (pycnonotus barbatus ssp. inornatusgarden bulbul)
  • Prinia modeste (prinia subflavatawny-flanked prinia), nombreux sujets entendus chanter,  2 ind. vus !
  • Corbeau pie (corvus albuspied crow), quelques ind. sur les déchets
  • Choucador à oreillons bleus (lamprotornis c. chalybaeusgreater blue-eared glossy-starling), 1 ind. sur un poteau électrique
  • Moineau domestique (passer domesticus ssp. indicus, -indianhouse sparrow), nombreux ind. y compris dans la jeune mangrove !
  • Moineau doré (passer luteusSudan golden sparrow)
  • Tisserin à tête noire (ploceus melanocephalus ssp., black-headed weaver), en plumage nuptial

Entendu:
Cisticole (roussâtre) du Nil (cisticola -galactotes- marginatus ssp. amphilectus, Gold Coast winding cisticola), 2 ind. entendus / Prinia modeste (prinia subflava), nombreux sujets entendus /


AUTRES:
  • Périophtalme atlantique (periophtalmus atlanticusatlantic mudskipper), quelques ind. dont sujet de belle taille (cf. photo ci-dessous)

Ci-dessous:
Périophtalme atlantique alias Sauteur-de-vase
Mbaye wade mbakhouss (en langue nationale wolof)
Marigot de Marmiyal 2017 06 8, 9h17 / © Photo par Frédéric Bacuez

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